Séries Canal : la langue,
un choix stratégique ?

Publié le 24/06/2016 par Assimil
4 commentaires

Versailles, une serie Canal +

Depuis 8 ans, la chaîne Canal + mène une campagne de production de séries à la fois originales, créatives et séduisantes. Des séries qui se démarquent généralement par leur qualité, mais aussi par leur hétérogénéité concernant les langues dans lesquelles elles sont réalisées. Langues régionales, anglais britannique : comment se justifient ces choix pour des séries françaises ? Sur le plan linguistique, qu’est-ce qui fait la particularité des séries Canal ?

Séries Canal : objectif Europe

Quel est le point commun entre Tunnel, Spotless, Panthers et Versailles ? Il s’agit de quatre séries estampillées Canal + ayant vu le jour grâce à la participation de producteurs, réalisateurs, scénaristes et/ou techniciens britanniques. À tel point que sur le marché international, ces séries sont parfois confondues avec des productions made in England. Une stratégie qui s’explique, en premier lieu, par une envie de la part du groupe Canal de s’ouvrir sur l’Europe, avec l’Angleterre en ligne de mire, pays réputé comme étant le premier producteur européen de séries de qualité.

Les partenariats avec ses voisins européens n’ont rien d’anormal pour la chaîne, qui travaille sans relâche depuis une vingtaine d’années afin de s’implanter significativement dans le paysage audiovisuel du continent. Et ça marche, puisque Canal a réussi à enrayer l’expansion de HBO en Europe de l’Ouest au début des années 90 grâce à ses filiales réparties stratégiquement (Belgique, Espagne, Italie, Pologne, Pays-Bas, pays scandinaves et Afrique).

Dans une période de tension politique et économique au sein du continent, l’heure est à l’affirmation des valeurs européennes, à l’unité et à l’union des forces et des talents : c’est en tout cas le discours que tient Jack Thorne, auteur anglais de la série Panthers ; ironique ? Forcément, puisque l’Europe décrite dans cette même série est parasitée par des affaires de corruption en tout genre. Pour autant, la collaboration entre professionnels français et anglais se révèle aussi fructueuse que savoureuse. La série Canal Tunnel se joue de cette coproduction en moquant dans son scénario les travers des « rosbifs » qui maîtrisent mal le français et des « frenchies » peu aimables.

Au-delà de mêler les langues, les séries forment un savant mélange de cultures, de références, d’humour, qui enrichissent le support, les histoires… Et renforcent leurs chances de plaire, dans un pays comme dans l’autre.

La langue des séries, un souci d’exportabilité

Que les séries produites par Canal + plaisent au public français, c’est bien. Qu’elles s’exportent sur le marché européen, c’est mieux. C’est précisément la question qui se pose au moment de choisir la langue dans laquelle s’exprimeront les personnages au cours des épisodes. Sans compter qu’en plus de son appétit européen, Canal lorgne également du côté des États-Unis, réputés très difficiles d’accès pour les séries de l’Hexagone.

Tunnel et Panthers par exemple, ont opté pour le multilinguisme ; de ce fait, le sous-titrage est de mise lorsque la langue pratiquée n’est pas celle du pays dans lequel les fictions sont diffusées. Spotless préfère le tout-anglais, un choix justifié par le fait que l’intrigue se déroule à Londres et ce même si les personnages, Jean et Martin Bastière, sont… Vendéens. En revanche, la langue de la série Versailles a été sujette à controverse. L’intrigue, située au cœur du célèbre château, met en scène le roi Louis XIV et sa cour. Difficile donc de justifier l’usage de l’anglais pour une série se déroulant en France au XVIIe siècle. La raison : la volonté des producteurs d’exporter la série sur le marché américain et donc d’en simplifier la compréhension, quitte à frôler (voire mettre les deux pieds dans) l’absurde pour les spectateurs français.

Un dilemme permanent entre rentabilité et authenticité

Le fait que la série Versailles soit intégralement tournée en anglais est symptomatique d’un problème de plus en plus récurrent : comment vendre une série française sur un marché presque totalement anglophone, tout en conservant sa crédibilité ?

Selon les réalisateurs britanniques de la série (Simon Mirren et David Wolstencroft), la période actuelle est une « période charnière, notamment avec l’évolution des nouveaux médias », et la France doit se frayer une place dans ce contexte, quitte à faire des concessions. En d’autres termes : pour s’insérer sur le marché, la France devra mettre sa fierté de côté quelque temps et accepter que ses séries soient tournées en anglais. Si la série Versailles s’est bien exportée en Europe et en Nouvelle-Zélande, le public (français, en tout cas) reste très mitigé sur la qualité de la série et ses invraisemblances, notamment sur le choix de la langue.

La force des séries Canal + réside dans leur capacité à mâtiner plusieurs cultures et plusieurs influences avec harmonie, sans que l’une ne digère l’autre. Un processus qui fait de ces séries des produits originaux, faits de mélanges donc, mais aussi de concessions, et de choix stratégiques. Car il ne suffit pas que l’objet télévisuel soit de qualité ; il faut également qu’il plaise et qu’il s’exporte. En anglais, la plupart du temps.

Car comme le note Mathieu Béjot, directeur de TV France international (TVFI, organisme aidant les professionnels de la télévision à vendre leurs programmes à l’étranger) les Britanniques comme les Nord-Américains n’aiment ni le doublage, ni le sous-titrage. Les producteurs français s’adaptent… En attendant que, d’ici quelques années, la situation s’inverse, qui sait ?

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Commentaires

Par Ross le 23/07/16 à 23h21

Dans la série « Versailles », ce n’était pas l’Anglais qui me dérangeait. Pour un Belge, que ce soit en Français, en Néerlandais, en Anglais ou en Allemand, nous ne regardons de toute façon pas les sous-titres, puisqu’un Belge moyen, il n’en a pas besoin. Nous comprenons fort bien sans cela.
Non. C’était plutôt le défaut d’authenticité Historique qui, une fois de plus lors d’une évocation de l’époque de Louis XIV, m’a énervé. Que ne savent-ils se décider de se documenter comme il faut, ces faiseurs de films ou de séries, chaque fois qu’il leur arrive l’idée de vouloir faire un fim Historique? Voilà un Louis XIV qui, encore, s’est écrié (en Anglais, cette fois-ci) « l’Etat, c »est moi! » tandis que ça fait des lustres que tout le monde sait que Louis XIV n’a jamais dit ça. Et je voyais un Versailles presque abandonné, à un ou deux valets ou gardes de près, tandis qu’en réalité ça grouillait de monde, jour et nuit, des milliers de serviteurs, ambassadeurs, courtisans, badauds, artistes et artisans de toutes sortes: cet endroit était contunuellement noir de monde. Ca coûte vraiment des millions, d’engager sufisamment de figurants?
Et bien sûr, il y avait la Reine: celui qui a fait le « casting » a sûrement dû lire: « La Reine de France, Marie-Thérèse, fille du roi Philippe IV d’Espagne », il n’a pas cherché plus longtemps et a pris l’a ctrice ressemblant le plus possible à une danseuse de Flamenco qu’il a trouvé: grande, maigre, nez aquilin, cheveux noirs, tandis que l’épouse du Roi-Soleil (à voir sur des centaines de portraits, vous n’avez que l’embarras du choix…) était petite, potelée, mignonne, et surtout très blonde aux grands yeux bleus.
Il y en avait bien plus, des sottises Historiques; mais je me limiterai à ceux-ci.
En revanche, ce qui m’a bien plu, c’est que pour la toute première fois dans l’histoire du cinéma et de la télévision, Monsieur Philippe d’Orléans, le frère du Roi-Soleil, n’était pas portraité comme d’habitude, c’est à dire comme un pédé aussi obscène que venimeux, ni comme un fat ridicule et efféminé, … ou les deux ensemble. Ca, c’était du nouveau.
Heureusement, la dictature de la « political correctness » a mis les stéréotypes homophobes à la poubelle!
Mais vraiment, le fait que ça se disait en Anglais au lieu du Français, je pense qu’il n’y a que les Français fanatiquement chauvinistes qui s’en soient dérangés. On a bien vu la belle série « The Borgias », elle aussi tournée en Anglais, sur une époque de l’Italie de la Renaissance? Tant que c’est bien fait, bien raconté, bien joué, qui se soucie de la langue?

Par Dedicated servers le 19/04/17 à 12h24

Quelles correlations peut-on etablir entre ces choix strategiques et la qualite artistique des produits resultants ?

Par Ross le 20/10/17 à 0h43

Vous voulez dire quoi, au juste?
Est-ce que vous suggérez que la qualité d’une série dépendrait de la langue dans laquelle elle est écrite?
Cela me semble une supposition absurde. La qualité d’un film ou d’une série dépend de l’argent qu’on a dépensé, du soin qu’on a mis aux costumes, aux décors, aux effets spéciaux; du talent des acteurs, … et ‘last but not least’, de la qualité de l’histoire qu’on raconte!
En quoi la langue d’une série pourrait-elle influencer la qualité générale, autant positivement que négativement?
Peut-être, un tout, tout petit peu.
En ce qui concerne « Versailles », il y a la façon maladroite des acteurs anglophones de prononçer les noms tels que « Chevalier de Lorraine » (sublime personnage, d’ailleurs, un des meilleurs de la série, interprété par un acteur magnifique! Drôle, mignon, sournois, lâche et malhonnête, mais passionément et tragiquement amoureux de son Prince.) et « Madame de Montespan ».
Oui, ça fait un peu risible, mais pas assez pour s’en faire une maladie. Mais comme j’ai dit plus haut, moi, je ne suis pas Français, donc, je ne m’en offense pas.
Les Français ne sont-ils toujours pas habitué à entendre les acteurs Américains, lors d’une énième version des Trois Mousquetaires, appeler d’Artagnan « Daatànnianne »? Si vous pouvez supporter ça, « Medaëm de Montspenne » aussi doit pouvoir vous passer à travers la gorge.
Non, tant que c’est beau, ça ne fait rien si c’est en Anglais. l’Anglais, ce n’est plus la langue de la Perfide Albion depuis longtemps; c’est le successeur du Latin au trône de la « Lingua Franca », c’est à dire la langue Universelle que l’on parle partout et que l’on comprend partout.
Tan pis pour leur drôle de prononciation. Le monde entier s’en tire les cheveux, mais ça ne change rien. Autant vaut vous y faire, les petits Français…

    Par Éditions Assimil le 24/10/17 à 15h19

    L’article s’intéresse au choix des langues pour favoriser l’export. La nécessité de l’anglais dans les dialogues des séries originales donne un résultat parfois contestable sur le plan du réalisme. Q. Tarantino l’a bien compris dans Inglorious Basterds, lui qui était opposé au doublage de ce film. Des comédiens dans un film de guerre se déroulant en Europe qui parlent tous l’américain, cela ne vous dérange pas trop visiblement.

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