Pourquoi le multilinguisme
est le meilleur remède
contre les fake news

Publié le 26/09/2018 par Éditions Assimil
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Et si le multilinguisme était le meilleur moyen pour lutter contre la prolifération des fausses informations, les trop fameuses fake news ?  

Le Chinois sodomite, les panurgistes et le téléphone arabe

Récemment, une information pour le moins cocasse a circulé sur de nombreux sites de médias français : un couple de Chinois aurait cherché, pendant 4 ans, à enfanter sans jamais y arriver, parce qu’il s’y prenait, littéralement, à l’envers. Relayée sur le site du Progrès, de 20 Minutes, Slate ou encore par BFMTV, cette information, comme l’a révélé Libération  et ARTE (dans leur rubrique Désintox), avait en fait été inventée de toutes pièces — sans que personne ne se donne la peine de la vérifier à la source. Comment une telle chose peut-elle arriver, même si en l’occurrence cette information a des conséquences négligeables, qu’elle est tout à fait dispensable et trahit à l’évidence la recherche effrénée du buzz ? Et pourquoi cette information devrait-elle, dans l’absolu, être moins crédible que bien d’autres, qui pourraient avoir été créées pour le site satirique Le Gorafi, lesquelles sont souvent moins incroyables qu’une journée lambda à la Maison Blanche sous la présidence de Donald Trump ?

Cette histoire dit beaucoup de choses du journalisme mondialisé contemporain, de son panurgisme et de son manque de déontologie. Privé de recettes par la chute des revenus publicitaires et des ventes physiques, les médias cherchent souvent à créer des contenus à peu de frais. C’est ainsi que les journalistes sont à l’affût de news intéressantes venant d’autres médias, qu’ils pillent sans vergogne en prenant (plus ou moins) soin de réécrire ou de traduire. C’est ainsi que des contenus, qui apparaissent dans une langue majeure (la plupart du temps) un jour, se retrouvent plus ou moins altérés dans une autre langue majeure trois ou quatre jours après leur parution.
Dans le cas de l’info sur ce couple chinois, on est véritablement au cœur du problème : la nouvelle apparaît dans Newsweek avant d’être traduite par les médias français, sans aucune vérification, tout simplement parce que Newsweek fait autorité et, comme le dit Libération, si c’est dans Newsweek c’est que ça doit être vrai. Or le journaliste de Newsweek a trouvé l’info sur un agrégateur de contenus chinois, censée provenir du Guiyang Evening News, et il l’a traduite du chinois. Pour parvenir jusqu’aux lecteurs français, l’original a donc été traduit une fois, du mandarin vers l’anglais américain, puis la version américaine, forcément différente de l’originale pour des raisons juridiques, a fait l’objet d’une traduction et d’une nouvelle version en français — avec tout ce que cela implique en termes de déperdition potentielle d’informations, de détails, ou ce qu’on pourrait tout simplement nommer un effet de « téléphone arabe ». On ne sait pas dans combien de langues cette histoire a poursuivi son incroyable destin, mais il est fort à parier qu’elle s’est déployée sous d’autres latitudes. Contacté par Désintox, le journal chinois Guiyang Evening News a confirmé n’avoir jamais publié cette histoire dans ses colonnes.

Être monolingue, c’est être sous-informé

Dans un monde idéal, un journaliste de Newsweek aurait vérifié l’information chinoise et serait allé directement à la source. Mais dans ce monde de vitesse et de concurrence toujours plus effréné, il semblerait qu’une fable croustillante rédigée à la va-vite rencontre davantage d’attention qu’une documentation terne et sérieuse du quotidien. Et l’Intelligence Artificielle, la traduction automatique ou la rédaction automatique de contenus par algorithmes n’arrangent rien à l’affaire (même si les algorithmes peuvent aussi, il faut le préciser, trier le bon grain de l’ivraie).
Dans ce contexte, le polyglotte est assurément le candidat idéal au déminage des fake news, tout simplement parce qu’il a accès à un volume d’informations online (et offline) beaucoup plus important que celle ou celui qui ne connaît qu’une seule langue. Certaines langues en ligne sont évidemment davantage représentées que d’autres, donc dans ce domaine comme dans d’autres la situation des langues d’Internet est très inégalitaire. Mais celui qui parle, mettons, les 4 ou 5 langues les plus utilisées sur le web mondial, a accès à un volume d’informations tout simplement considérable. Michael Oustinoff le rappelait dans un article fameux, publié dans Net.Lang : « […] un lusophone aura directement accès à 4,2% de l’ensemble d’Internet, ce qui peut sembler peu, mais également à la partie hispanophone (7,8%), car il est très facile de passer d’une de ces langues à l’autre, notamment à l’écrit. C’est donc à près de 12% de l’ensemble qu’il pourra se connecter, ce qui est déjà considérable : c’est autant que le russe, le français, l’arabe, et l’allemand réunis.
Supposons que le lusophone en question soit un Brésilien, qu’il ait fait ses études en France et que, de surcroît, il maîtrise l’anglais, cas relativement répandu au Brésil. C’est non pas à 4,2% de l’ensemble  qu’il aura accès (portugais seul), ni à 12% (portugais + espagnol), ni même à 15% (en y ajoutant le français) mais bien à 42% (portugais + espagnol + français + anglais). Prenons son homologue chinois : il aura accès à près de 50% de l’ensemble (chinois + anglais) ».

Il souligne un peu plus loin qu’à titre de comparaison, un anglophone monolingue (ce qui est souvent le cas) n’aura accès qu’à 27% de l’ensemble. Les chiffres cités datent de 2012 et les forces linguistiques en présence se sont sans aucun doute recomposées, mais l’idée principale est là : être monolingue (et notamment monolingue anglophone, cela va sans dire), c’est être « sous-informé ». Et un journaliste digne de ce nom ne peut pas être sous-informé.
Soyons tout à fait honnêtes : le blog Assimil contient aussi des canulars. Mais ils sont faciles à identifier, il suffit de regarder la date de publication… Contacté par un journaliste, dont je tairai le nom, le 1er avril 2014 suite à mon canular sur le pape François ayant réappris le latin grâce à Assimil, ce journaliste me demande si le pape a vraiment été videur de boîte de nuit en Argentine. Problème : c’est la seule information avérée de tout l’article…

Nicolas Ragonneau

Désintox du lundi au jeudi, dans l’émission 28 minutes sur Arte, présentée par Elisabeth Quin.
Sur Facebook : https://www.facebook.com/DesintoxLiberation/
Sur Twitter : https://twitter.com/libedesintox
Sur instagram : https://www.instagram.com/artedesintox/
Sur le site d’Arte : http://28minutes.arte.tv/

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