Polyglot Conference 2017 : entretien avec
Alexander Arguelles

Publié le 20/09/2017 par Éditions Assimil
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La Polyglot Conference 2017 approche à grands pas (les  27, 28 & 29 octobre prochains à l’Harpa de Reykjavik). Dans un peu plus d’un mois, les polyglottes et les amoureux des langues seront réunis à Reykjavik, dans le cadre spectaculaire de l’Harpa, pour un peu plus de deux jours de conférences, d’échanges et de rencontres. Alexander Arguelles, qui a rejoint l’équipe organisatrice cette année, nous dévoile le programme de cette édition qui s’annonce mémorable. Et au fait… il est encore de temps de réserver et de rejoindre l’Islande fin octobre !

Assimil : En 2016, vous étiez parmi les conférenciers à Thessalonique et désormais vous faites partie des organisateurs. Comment cela est-il arrivé ?
Alexander Arguelles : Mon intervention en Grèce l’année dernière était en fait ma deuxième pour la Polyglot Conference. La première fois, c’était à Novi Sad en 2014. Ainsi, à l’époque, je n’aidais pas mais j’ai pu comparer les deux événements et j’ai constaté à quel point ce rendez-vous montait en puissance. La réunion en Serbie avait été relativement modeste et informelle. Thessalonique n’était pas seulement plus important en termes de participants, mais la conférence a aussi attiré l’attention des sponsors (comme Assimil) et des médias (The New Scientist par exemple était présent). Il est devenu évident que l’organisation d’une telle manifestation dépassait les capacités de deux individus. Et bien que Richard Simcott et Alex Rawlings aient réussi néanmoins, ils étaient clairement surmenés. Donc quand j’ai appris qu’ils souhaitaient que la prochaine Conference soit encore plus importante, je leur ai proposé mes services. Il m’a également semblé que les conférences étaient arrivées à un carrefour dans leur croissance : je veux dire par là qu’elles commençaient à attirer l’attention des chercheurs et des universitaires. J’ai pensé que si les prochaines conférences se passaient bien, cet intérêt continuerait à croître et que les Polyglot Conferences rejoindraient le club des événements professionnels et sérieux. À l’inverse, je craignais que, si les manifestations ne se passaient pas bien, cet intérêt s’évapore et que la communauté polyglotte perde une chance importante d’être reconnue et respectée.
Il se trouve que lorsque je travaillais au RELC de Singapore il y a des années de cela, l’organisation d’une conférence internationale annuelle faisait partie intégrante de mon travail, alors quand j’ai proposé de mettre mon expérience à leur service, Richard et Alex étaient contents que je rejoigne l’équipe.

A : Est-ce qu’il y a d’autres nouveaux venus dans l’équipe ?
A.A. : Si vous regardez la page « Organizers » sur le site de la conférence, vous verrez qu’il y a un certain nombre de personnes qui œuvrent à différentes tâches techniques en coulisses. Richard et Alex demeurent cependant le cœur et l’âme de la manifestation. Sans les contacts qu’ils ont noués avec la communauté des amoureux des langues mais aussi entre cette communauté et les sponsors comme Assimil, ces événements n’existeraient tout simplement pas. Mon rôle en tant qu’agent de liaison avec le monde universitaire a été de fonctionner comme une troisième option destinée à aider à bâtir le programme et à communiquer avec le monde universitaire et les intervenants d’une façon plus générale.

A: Quelle est précisément votre mission ?
A.A. Je dirais que la Polyglot Conference a trois missions voisines. La première fait de nous un pont entre les personnes qui utilisent les langues de différentes manières. Il y a ceux qui utilisent les langues dans l’exercice de leur profession, comme les interprètes et les traducteurs; il y a les professeurs de langue ; il y a les linguistes et les chercheurs dans le domaine universitaire des sciences du langage ; et enfin il y a tous ceux qui sont simplement obsédés par l’apprentissage des langues. Normalement, ces personnes vivent dans des mondes parallèles. Donc la première mission est d’atteindre un maximum de personnes appartenant à tous ces mondes et de les faire entrer en relation. La deuxième mission est de réunir tous ces amoureux des langues ensemble dans une même pièce. Ici il y a vraiment un parfum très spécial, quasi magique dans l’air lors de ces rassemblements où des centaines de personnes qui aiment les langues se retrouvent pour parler de leur passion dans un même espace. La plupart des êtres humains ne sont tout simplement pas tous passionnés par les langues et c’est pour cela que les polyglottes ne peuvent généralement partager leur passion directement avec les autres mais doivent plutôt évoluer dans des bulles plutôt séparées du monde. C’est un sentiment fabuleux pour nous tous de pouvoir se réunir et de partager cette passion qui nous relie tous. La troisième mission est de communiquer entre nous et avec les éditeurs et les chercheurs sur nos méthodes et nos techniques pour apprendre les langues, de comparer et de mettre en contraste ce que nous faisons quand nous étudions, de discuter les bénéfices des différentes approches, et pourquoi, pas, de faire en sorte qu’on puisse en tirer des enseignements pour la réalisation de futures méthodes d’apprentissage.

A. : Parlons un peu du programme de cette édition. Que pouvons-nous attendre ? Comment avez-vous construit le programme ?
A. A. Pour la première fois cette année la Polyglot Conference a lancé un appel à contributions dans 4 directions spécifiques, ainsi il y aura plus d’un thème central par rapport aux Conferences précédentes. Nous avons décidé de bâtir la série d’interventions en cherchant comme toujours à célébrer la culture du pays hôte : la première piste intéresse les langues, les littératures et la culture du Nord — surtout islandaises, bien sûr, mais aussi le vieux norrois, les langues scandinaves et du Groenland. À ce sujet, non seulement nous aurons un représentant du Vigdís Finnbogadóttir Institute of Foreign Languages de l’Université d’Islande pour parler du travail de l’institut, mais la Conference sera inaugurée par Vigdís Finnbogadóttir elle-même : l’ancienne présidente islandaise a œuvré toute sa vie pour la langue et la culture islandaise. De façon plus large, nous aurons une présentation sur la linguistique comparée pour apprendre un grand nombre de langues germaniques, et une présentation de Jean-Paul Demoule qui montre les implications derrière le modèle canonique indo-européen.
Le fait que l’islandais ait très peu de locuteurs nous amène à la seconde piste et permet d’aborder non seulement l’islandais mais aussi toutes les langues plus modestes et indigènes dont le principal problème est de se maintenir à l’ère de l’information mondialisée. Dans cette perspective, nous aurons une présentation de Robert Painter de la Northeastern University sur la manière dont les langues mineures peuvent survivre à l’ère des textos, et une autre de Thomas Bak de l’Université d’Edimbourg, qui abordera les effets cognitifs de l’apprentissage et ses implications pour les langues indigènes et plus modestes.
L’islandais est aussi un tremplin pour notre troisième direction de travail, qui concerne l’apprentissage des langues et l’autisme. Il y a environ dix ans, une expérience fut menée pour voir si Daniel Tammet, un savant autiste, pouvait apprendre l’islandais en une semaine. Sa professeure, Sigridur Kristindóttir, racontera cette expérience. En plus de cela, nous aurons quelques autres présentations sur le thème de l’autisme qui poseront la question de savoir si le bilinguisme est une aide ou un handicap pour des enfants bilingues atteints d’autisme.
Enfin, nous avons une direction transversale qui concerne les problèmes liés à l’apprentissage des langues par les polyglottes, ce qui permet d’agrandir le spectre des présentations. Par exemple, Johann Vandewalle de l’Université de Gand, évoquera les langues turciques, le multilinguisme et le polyglottisme, et Kristina Cunningham of the European Commission parlera des langues dans les politiques de l’Union Européenne. En plus de cela, Benny Lewis donnera une présentation sur l’apprentissage des langues et le Big Data, et il y aura des présentations sur des sujets comme l’utilisation des jeux vidéo pour apprendre et préserver les langues, ainsi que l’acquisition de plusieurs langues chez l’enfant. Le musée Mundolingua de Paris présentera son activité. Enfin, un échantillon de professeurs sera réuni pour évoquer la situation et les problèmes créés par le fait d’être à la fois professeurs et polyglottes.

A. : Qu’est-ce qui est prévu en marge de la Conference ?
A.A : Tout d’abord et avant tout nous organisons un cours intensif d’islandais pour les polyglottes, donc un certain nombres de personnes arriveront plusieurs jours avant le début de la manifestation pour s’immerger dans la langue. Les participants pourront également profiter d’excursions en bus autour de Reykjavik et nous aurons une soirée la veille de l’ouverture où un certain Nicolas Ragonneau d’Assimil donnera un DJ set d’environ 90 minutes avec des morceaux en plus de 30 langues différentes. Enfin, nos sponsors (Memrise, Teach yourself, radio Lingua, Rannis, Erasmus + et, bien sûr, Assimil) seront là pour apporter toutes leurs ressources et leur richesse à l’événment, échanger avec les participants , offrir des goodies et plus probablement vendre quelques produits à prix très préférentiels.

A. : Vous faites également partie de la liste des participants. Quel sera le sujet de votre intervention cette fois-ci ?
A.A. : Ma propre intervention se range dans la catégorie « célébration des langues et des littératures du nord ». Elle s’intitule Rêves viking : les sagas en vieux norrois, porte d’entrée vers la culture islandaise , la lecture dans plusieurs langues et l’intercompréhension. Les sagas en islandais ancien (ou vieux norrois) formaient en fait le sujet de ma thèse de doctorat il y a de nombreuses années. Je vais revisiter le sujet, pas seulement pour évoquer la riche histoire de la culture et du pays qui nous accueillent, mais aussi pour présenter ma vision de la lecture en plusieurs langues. C’est un des domaines de la polyglossie qui, à mon sens, a reçu trop peu d’attention puisque la plupart des polyglottes se concentrent sur les langues vivantes afin de pouvoir les parler. Et évidemment, chez Assimil vous avez compris l’importance de cela puisque vous avez publié toutes ces méthodes merveilleuses de latin, de grec ancien, d’égyptien hiéroglyphique et de sanskrit. Mais est-ce que vous savez que le vieux norrois présente le plus important corpus littéraire de toutes les langues du Moyen Age ? Peut-être qu’après mon intervention vous me passerez commande d’un Assimil en vieux norrois ?

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