Polyglot Conference 2016 :
Jean-Pierre Guglielmi

Publié le 25/09/2017 par Éditions Assimil
3 commentaires


Alors que la Polyglot Conference 2017 approche, les dernières vidéos de l’édition 2016 sont mises en ligne. Voici l’intervention de notre auteur Jean-Pierre Guglielmi qui évoque la création de méthodes pour les langues mortes et les langues anciennes.Comment créer une méthode de langue quand tous ses locuteurs sont morts et qu’on dispose seulement d’un corpus littéraire, assurément très éloigné des énoncés quotidiens ? quelle prononciation adopter ? Voici quelques-une des questions que soulève Jean-Pierre Guglielmi, auteur notamment du grec ancien et de l’égyptien hiéroglyphique dans sa conférence consacrée aux méthodes d’apprentissage des langues anciennes.

Commentaires

Par Chris K. le 25/09/17 à 23h30

Finalement on en sait pas plus sur ce qu’était l’authentique phonologie du grec ancien…
Si on devait faire un compromis relativement logique, ce serait tout simplement de prononcer les lettres et les diphtongues du grec ancien tels qu’ils sont prononcés en grec moderne.

Par Michel BELLON le 28/09/17 à 12h45

Bonjour Chris,

Comme tu t’en souviens sans doute (nous avons déjà discuté la question de la prononciation du grec ancien il y a presque deux ans, sous l’article « L’apprentissage des langues anciennes : non, ce n’est pas inutile ! » du 27/10/2015), je ne partage pas ton opinion, mais je comprends que tu penches vers un alignement du grec ancien sur le grec moderne puisque tu es hellénophone de naissance 🙂 et qu’en Grèce c’est l’usage qui s’est imposé aujourd’hui.

Tout d’abord, une précision qui me semble importante : les incertitudes qui subsistent ne portent pas sur la « phonologie » du grec ancien (valeur distinctive des sons dans le système), que nous connaissons bien, mais sur sa « phonétique » (réalisation verbale de ces sons). Nous savons qu’il existe deux unités phonologiques /ο/ et /ω/, comme le prouvent de nombreuses paires minimales, par exemple τὸν (accusatif masculin singulier) – τῶν (génitif pluriel), ou bien τὸ (nominatif neutre singulier) – τὼ (nominatif duel), ou encore γέρον (vocatif) – γέρων (nominatif), et ce peu importe que ces unités aient été réalisées dans la parole [ᴏ], [ᴐ], [ɒ] ou d’une autre façon.

On verra dans le message que j’ai laissé sous l’article de 2015 que je suis pour ma part entièrement sur la même ligne que Jean-Pierre Guglielmi.
Dans son intervention à la conférence polyglotte de Thessalonique (en Grèce ! 😉 ), l’auteur se concentre sur l’égyptien hiéroglyphique, mais donne aussi d’intéressantes indications sur le grec ancien. Je dois bien reconnaître que je me réjouis de constater que nous nous rejoignons sur plusieurs points. Jean-Pierre Guglielmi mentionne ainsi la nécessité pédagogique des enregistrements, ce qui implique le choix d’une norme phonétique. Il rappelle qu’il y avait différents accents dans l’Antiquité en égyptien, grec ou latin, ce qui paraît une évidence si on pense à la diffusion « internationale » de ces langues en leur temps. Il a raison de préciser que, pour les sons du grec ancien et du latin, nous avons quand même un degré de certitude assez grand, notamment grâce aux transcriptions : les exemples du Φ translittéré en latin par PH et non pas par F, ou, plus amusant, du cri du mouton, sont tout à fait révélateurs du bien-fondé des prononciations dites « restituées » (sauf à imaginer que la langue des moutons a elle aussi évolué en deux millénaires et demi ! 😀 ).
Il est vrai que la continuité remarquable de la langue grecque depuis une trentaine de siècles amène à se poser la question de l’époque que l’on doit choisir si on veut établir une prononciation de référence. Privilégier la période classique (en gros, IVe et Ve siècles avant notre ère) n’est pas absurde au regard de l’épanouissement qu’y ont connu la philosophie et la littérature.

Je crois surtout qu’il ne faut pas perdre de vue que le grec ancien et le grec moderne sont deux langues différentes, au même titre que le français contemporain et, sans remonter jusqu’au latin, l’ancien français. Dans ces conditions, et puisqu’on sait sans l’ombre d’un doute que la prononciation du grec ancien différait de celle qu’a la langue moderne, il me semble que confondre les deux est tout aussi artificiel que de s’efforcer de rechercher le « vrai » son du grec ancien, et que cela entraîne au moins autant d’erreurs. Je dirais même qu’il est particulièrement illégitime de s’en tenir à une prononciation unique pour les deux langues. C’est de plus une « solution de facilité », et à ce titre ce n’est pas celle qui me paraît la plus valable, et de loin. Enfin, je pense qu’on peut encore avancer un argument esthétique : une norme unique, bien établie et justifiée, ajoute aux langues anciennes une beauté et une élégance que la forme écrite seule ne peut leur donner. Même si les locuteurs de différentes langues modernes ont un accent plus ou moins marqué quand ils prononcent le grec ancien et le latin (accent qu’on peut, soit dit en passant, s’efforcer de corriger et de perdre comme on le fait quand on étudie n’importe quelle langue étrangère), les prononciations faisant fi de tout souci d’authenticité (le latin à la française ou à l’italienne, par exemple) défigurent à mon sens la langue en lui déniant sa personnalité.

Merci et bon après-midi,
Michel.

Par Eric le 28/09/17 à 21h57

Bonjour,

Je suis fan de M. guglielmi et son intervention m’a beaucoup intéressé. D’une manière générale, je trouve que ce serait sympa d’en connaître un peu plus sur les auteurs et leurs approches.

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