Polonais : rencontre
avec Barbara Kuszmider

Publié le 05/03/2015 par Éditions Assimil
24 commentaires

Affiche Polonais Assimil Salon du Livre 2015
Barbara Kuszmider, auteur du polonais dans la collection sans peine, viendra présenter son ouvrage au Salon du Livre 2015 le dimanche 22 mars à 14h.

Deux villes polonaises invitées d’honneur su Salon du Livre

Le Salon du Livre 2015 ouvre ses portes le vendredi 20 mars à la Porte de Versailles. On y célèbrera la Pologne puisque les villes de Cracovie et de Wrocław sont les invitées officielles de cette manifestation, mais aussi parce que nous publions une nouvelle édition de notre cours de polonais dans la collection sans peine. L’auteur, Barbara Kuszmider, présentera son ouvrage le 22 mars à 14h sur le stand des éditions Assimil.

La nouvelle édition du polonais sera disponible le 12 mars, en livre, suprepacke et version numérique. La précédente édition datant de 2003, de nouveaux mots et expressions ont été ajoutés, avec un apport important de termes relatifs aux nouvelles technologies et aux réseaux sociaux dont les Polonais sont très friands.

Barbara Kuszmider

Née en Pologne, pays dans lequel elle suit des études de philologie romane, elle s’installe à Paris en 1980 et décroche son doctorat en linguistique. Elle est très impliquée dans la vie de la communauté polonaise en France et enseigne à l’Alliance française de Paris depuis 1985.

Le polonais, superpack : un livre de 528 pages, 4 CD audio + 1 CD mp3. Collection sans peine, 69,90 €. En vente à partir du 12 mars.
http://www.salondulivreparis.com/

Commentaires

Par Chris Keller-Kostakiotis le 10/03/15 à 17h59

Excellente mise à jour de cette méthode de polonais que je me suis empressé d’acheter hier à la librairie ASSIMIL de Paris…

Merci ! Bardzo dziękuję ! 🙂

Par Chris Keller-Kostakiotis le 11/03/15 à 15h47

Questions à transmettre à Mme Barbara KUSZMIDER:

– Pourquoi le polonais est la seule langue léchitique du groupe slave occidental à avoir conservé des voyelles nasales (ą et ę) ?

– Pour les « puristes » de la langue polonaise, il semble être de rigueur de toujours nasaliser la voyelle ę à la fin d’un mot;
est-ce toujours vrai de nos jours ?

Merci d’avance pour votre réponse..

Par Michel BELLON le 12/03/15 à 2h11

Bonsoir Chris,

Attention, parmi les langues léchitiques, le cachoube (kaszëbsczi jãzëk en cachoube, język kaszubski en polonais) possède lui aussi des voyelles nasales :
– ą qui est le même /o/ nasal qu’en polonais, mais est prononcé dans certains dialectes comme ũ, soit un /ou/ nasal) ;
– ã, qui est un /a/ nasal fermé, proche mais distinct du ę polonais, auquel il correspond souvent, comme on peut le voir dans le parallèle entre le polonais język et le cachoube jãzëk (= langue).

Dans l’ensemble, en polonais, les deux nasales ą et surtout ę perdent du terrain : elles se prononcent comme de vraies nasales dans moins de la moitié des cas où elles apparaissent, et même dans les positions où elles sont en principe maintenues (principalement, pour ą, en fin de mot, et pour ą et ę devant une consonne dite « fricative », en particulier s, z, sz, ż, ś et ź), elles ont tendance à se diphtonguer et se dénasaliser partiellement. Donc, la dynamique actuelle de la langue va vers l’élimination de ces voyelles.

Quant à la question de savoir pourquoi et comment ces nasales se sont conservées dans certaines langues et pas d’autres, elle est assez difficile.
De l’avis de la plupart des spécialistes, les voyelles nasales en slave commun (Ve – VIIe siècle de notre ère) sont apparues au terme d’un processus complexe, en raison notamment d’une tendance de cette langue à généraliser les syllabes ouvertes, c’est-à-dire terminées par une voyelle (par opposition aux syllabes fermées, terminées par une consonne). En simplifiant à l’extrême, une syllabe fermée par une consonne nasale (m, n) s’ouvre par l’effacement de cette consonne et le report de sa nasalité sur la voyelle précédente. Par exemple, à partir de *go-lom-bĭ (= pigeon) où la syllabe centrale est fermée, on aboutit à go-lõ-bĭ (gołąb en polonais moderne), avec trois syllabes ouvertes.
À un stade ultérieur de développement, cependant, cette nasalisation vocalique s’est perdue dans la plupart des langues issues du slave commun, bien que l’orthographe en ait gardé parfois longtemps la trace : en russe jusqu’au XVIIIe siècle, en bulgare jusqu’au début du XXe siècle, et on peut ajouter le lituanien, jusqu’à nos jours, bien que le stade « balto-slave » soit antérieur au slave commun. Il en va donc de même (mais en partie seulement) pour le polonais, où les voyelles « nasales » sont prononcées dans bon nombre de cas comme des voyelles orales.
En russe, la dénasalisation a abouti aux sons /ou/ et /ya/, sans qu’il y ait une correspondance très régulière entre ces deux sons et ceux que l’on trouve en polonais. Ainsi, le у russe de дуб (= chêne) correspond au ą polonais de dąb, mais celui de рука (= main) au ę polonais de ręka ; à l’inverse, le я de тысяча (= mille) est l’équivalent du ą polonais de tysiąc, alors que celui de пять (= cinq) l’est du ę polonais de pięć.

On assiste donc au fil du temps à une sorte de mouvement de balancier voyelle orale // voyelle nasale \\ voyelle orale. Ce phénomène de va-et-vient est d’ailleurs très fréquent dans les langues et s’observe aussi bien au niveau phonétique que morphologique, syntaxique ou lexical.

Bonne fin de soirée,
Michel.

Par Chris Keller-Kostakiotis le 12/03/15 à 4h57

Merci Michel pour ta réponse très détaillée, même si je souhaitais avant tout avoir l’avis de l’auteur de la méthode de polonais fraîchement réactualisée et que je viens juste de me procurer !

Par Michel BELLON le 14/03/15 à 17h38

Bonjour tout le monde,

Je ne vais sans doute pas faire plaisir à Chris 😉 , mais je ne partage pas entièrement son enthousiasme pour Le Polonais, nouvelle méthode que je viens moi aussi d’acheter. Je commence tout juste à l’examiner et dès les premières pages je vois un certain nombre de choses qui me semblent discutables.

Tout d’abord, on lit dans l’avant-propos, page VII : « Nous avons simplifié la présentation des règles grammaticales, limité le vocabulaire aux termes les plus couramment utilisés… ». Ce parti-pris avait déjà été relevé et critiqué dans la précédente version de la méthode (par rapport à la toute première). Sans faire de procès d’intention, je suis toujours un peu heurté par ce genre d’approche. Certes, il est écrit « simplifier la présentation », ce qui ne veut pas dire que la règle elle-même est simplifiée (ce qui n’aurait d’ailleurs pas beaucoup de sens), mais l’emploi, juste après, du verbe « limiter », ne peut que me mettre en alerte.
Pour ne pas me départir de mon optimisme habituel pour tout ce qui touche à Assimil, je vais supposer que cela annonce la parution future d’un Perfectionnement Polonais, où la présentation de la grammaire sera approfondie et complétée comme il se doit ! 🙂

Je vais m’arrêter surtout sur la section consacrée à la prononciation aux pages XI à XIII, qui en revanche me déçoit beaucoup, car il s’agit du tout premier contact que l’apprenant n’ayant aucune connaissance préalable du polonais va avoir avec cette langue, et il y a là à mon avis, comme on va le voir, beaucoup à redire…

Avant toute chose, bien que ce paragraphe soit censé indiquer la prononciation de « toutes les lettres ou groupes de lettres qui se prononcent autrement qu’en français », il oublie le e, sur lequel l’apprenant francophone aurait pourtant des raisons d’hésiter.

Les explications concernant les consonnes « mouillées » ć, dź, ś et ź sont plus que lacunaires (il faut attendre les notes de prononciation de la leçon 1 et le premier paragraphe de la leçon 7 pour avoir des précisions plus rigoureuses). Si on les prend telles quelles, elles sont même confuses : pour ć, la « mouillure » de la consonne est représentée par un i en exposant, alors que pour ś et ź, ce i est en caractère normal (il s’agit bien entendu, et c’est un moindre mal, d’une erreur de typographie, comme on s’en convainc en lisant les transcriptions phonétiques des textes des leçons, mais erreur quand même, peut-être due à une mauvaise relecture, ou à l’absence de relecture…). Un débutant complet aura donc peut-être tendance à prononcer ślad comme /chilad/ et źle comme /gilè/, alors que le i représente en fait un trait d’articulation inhérent à la consonne, et pas un son vocalique séparé. D’ailleurs, c’est de cette façon erronée (consonne « accompagnée d’un i ») que le phénomène de la « mouillure » est présenté, sauf pour le ń, et ce n’est pas un hasard : nous avons en effet en français dans la paire n – gn une distinction très proche de celle qui existe en polonais entre consonnes « dures » (plus exactement « vélaires ») et « mouillées » ou « molles » (plus exactement « palatales »). Cette différence permet de distinguer dans notre langue de nombreux mots : peine – peigne, borne – borgne, dîne – digne ainsi que des centaines d’autres. Il est vrai que souvent, en français d’aujourd’hui, gn ne représente plus exactement un « n mouillé », mais plutôt /n/ + /y/ (de même que ill dans paille, abeille, fille, etc. ne représente plus depuis longtemps un « l mouillé », comme c’était le cas à l’origine, mais le simple son /y/). Malgré tout, le rapprochement entre n – gn en français et consonne « dure » – consonne « mouillée » en polonais aurait vraisemblablement été un point de départ pratique et assez compréhensible pour un francophone et aurait pu être mis à profit pour expliquer la différence entre les deux séries de consonnes. Or, non seulement cette possibilité est ignorée (on indique seulement que ń se prononce comme gn), mais il n’est même pas mentionné que ce ń polonais est une consonne « mouillée » au même titre que ć, dź, ś et ź.

Tout aussi regrettable est le parallèle qui est fait entre ć et cz, dź et dż, ś et sz, ź et rz (ż), écueil auquel n’échappent que très rarement les descriptions de la prononciation du polonais, et que j’aurais préféré voir évité par Assimil. C’est clairement le cas pour le couple ś et sz, ces deux sons étant associés au même /ch/ du français. Pour les trois autres couples, une tentative de distinction est faite en ayant recours soit à l’italien (avec une faute, puisque le prénom cité devrait être orthographié LuiGi, et pas LuiGGi), soit à la double possibilité qu’offre l’orthographe française de représenter le son /j/, par g dans « magie » et par j dans « jour ». Mais cela n’aide en rien à comprendre ce qui distingue les deux sons d’un même couple et je serais bien surpris qu’un apprenant sans connaissance préalable du polonais ou d’une autre langue slave (le russe ou l’ukrainien notamment) puisse, avec ces seuls éléments, comprendre et reproduire la différence entre ć et cz, dź et dż, ś et sz, ź et rz (ż). Ajoutons que, d’un point de vue plus rigoureusement linguistique, le parallèle à faire est entre ć et t, dź et d, ś et s, ź et z.

Au passage, je vois dans les deux points qui précèdent un argument fort en faveur de l’utilisation dans les méthodes Assimil de l’Alphabet Phonétique International, et non pas de translittérations qui prêtent trop souvent à confusion et favorisent, dès les premiers pas dans l’apprentissage, l’acquisition d’une mauvaise prononciation, particulièrement lorsqu’il s’agit d’une langue comme le polonais, au système phonétique très différent de celui du français.

Toujours dans ce paragraphe sur la prononciation, remarquons que pour le son /dj/, l’orthographe indiquée est dż (dżem), alors que drz (drzewo = arbre), graphie tout aussi fréquente, n’est pas mentionnée.

Les différentes prononciations possibles des fameuses nasales ą et ę sont repérées par de petits 1, 2 et 3 en exposant, mais qui ne renvoient à aucune note. Il aurait été sans doute judicieux d’indiquer dans quels contextes apparaissent ces prononciations 1, 2 et 3, d’autant plus que c’est essentiellement l’entourage, et la position finale dans le cas de ę, qui permettent de le savoir. D’ailleurs, la dernière note de cette section est inexacte, puisqu’elle indique que « leur prononciation (celle des voyelles, en général) est la même, où qu’elles se trouvent dans le mot », ce qui n’est justement pas le cas pour les nasales.

L’auteure n’explique pas la différence entre consonnes « sonores » et « sourdes », très importante en raison des nombreux cas d’assimilation sourde > sonore ou sonore > sourde qui se produisent en polonais. Est-ce encore par soucis de « simplifier la présentation » de la langue ? Toujours est-il que cette différence est considérée implicitement comme un acquis préalable, ce qui est sans doute loin d’être le cas pour tous les apprenants.

Quelques exemples d’accent tonique « irrégulier », ne frappant pas l’avant-dernière syllabe du mot, sont donnés, mais il n’est pas indiqué où se trouve l’accent dans ces exceptions. On comprend qu’Ameryka ne se prononce pas AmerÝka, mais doit-on dire Ámeryka, AmÉryka ou bien AmerykÁ ? De plus, il n’est pas mentionné que ces irrégularités d’accent se rencontrent aussi au conditionnel (dont les formes sont dérivées de celles du passé), temps où elles n’interviennent d’ailleurs pas qu’aux 1e et 2e personnes du pluriel, mais à toutes les personnes, sauf celles du masculin singulier.

Enfin, et pour chercher la petite bête 😉 , rien n’est dit des consonnes « géminées » (il s’agit du n, dans la plupart des cas), alors qu’on rencontre le cas dès la première leçon dans le prénom Anna.

Pour ne pas décourager, et surtout ennuyer en rendant encore plus long un texte qui l’est déjà sans doute un peu trop, je me contenterai de ne mentionner qu’une chose qui m’a sauté aux yeux en abordant les leçons.
La note 4 de la première leçon me trouble beaucoup. D’une part, on y lit qu’il n’y a qu’une seule forme, się, pour « me », « te » et « se », ce qui n’est vrai pour « me » et « te » que dans les verbes pronominaux, mais pas ailleurs (à « me » correspondent aussi mnie et mi, et à « te » cię ou ci). Mais surtout, il est dit que la place de się est « libre », et qu’il peut suivre ou précéder le verbe. Ce raccourci prête aussi à confusion et pousse à l’erreur, car la position de się dépend en réalité de la structure de la phrase, et dans le cas présent, par exemple, il n’est pas possible de dire *Się nazywam Marek Nowak (je laisse le plaisir à ceux qui ne le savent pas mais qui vont étudier la méthode de découvrir sous quelle condition il serait possible qu’apparaisse « się nazywam » 😉 ).

Je dois bien reconnaître, avant de conclure, que je me suis parfois amusé à jouer l’avocat du diable, poussé par ma sensibilité particulière lorsqu’il est question des langues slaves. Je ne veux bien sûr pas dévaloriser cette nouvelle méthode, qui me paraît en définitive excellente. Lorsqu’on progresse dans les leçons, on constate que les choses se mettent en place peu à peu grâce aux explications complémentaires apportées. Et c’est bien là l’assimilation intuitive qui est à l’œuvre, en conformité avec les principes fondateurs de la méthode. Il faut donc remercier l’auteure et Assimil de nous offrir une fois encore un bel ouvrage, utile et intéressant (et espérer que l’albanais, le lituanien, le serbe, l’islandais… vont suivre sous peu ! 😀 )
Mais reste que l’introduction n’est pas vraiment à la hauteur, comme je crois nous avons été plusieurs à le déplorer pour d’autres volumes récents, en soulignant entre autres choses le manque d’informations sur l’histoire de la langue et, comme c’est le cas me semble-t-il avec Le Polonais, le trop grand nombre d’imprécisions et d’inexactitudes qui sont particulièrement gênantes lorsqu’elles accompagnent les premiers pas dans la découverte d’une nouvelle langue.

Merci et bonne fin de journée,
Michel.

    Par Éditions Assimil le 30/03/15 à 11h27

    Bonjour, l’auteur du polonais nous fait passer ce message en réponse à votre commentaire :

    Monsieur,
    Je vous remercie pour l’intérêt que vous portez au Polonais sans peine. J’ai pris bonne note de l’ensemble de vos remarques mais celles-ci relèvent, selon moi, d’un ouvrage destiné à un public de spécialistes – en particulier des phonéticiens -, ce qui n’est en aucun cas l’esprit et l’objectif de la méthode Assimil qui s’adresse à des personnes démarrant l’apprentissage de la langue. Pour l’introduction, j’ai suivi le principe fondamental de toute didactique de langue : procéder par étapes pour ne pas rebuter l’apprenant, par exemple ne pas l’encombrer de trop de détails syntaxiques, lexicaux, etc. En vous remerciant enfin de vos compliments concernant le « bel ouvrage, utile et intéressant », je vous souhaite bonne continuation dans la découverte de la langue polonaise.
    Bien à vous
    Barbara Kuszmider

Par Chris Keller-Kostakiotis le 14/03/15 à 19h29

Bonjour,

C’est vrai que l’introduction du nouveau livre de polonais est exactement la même que l’édition de 2003 !

Une introduction plus fournie sur l’histoire et l’évolution de la langue polonaise, ses origines, et quelques généralités sur la Pologne d’aujourd’hui (en plus des notes culturelles tout au long de l’ouvrage) aurait été un plus.

Il est aussi vrai que la toute première version du Polonais « sans peine » parue en 1985 du même auteur était un peu ardue pour un complet débutant et allait un peu trop vite dans la difficulté.
Cela peut expliquer l’introduction de l’édition de 2003 reprise inutilement en 2015.

Ceci étant, hormis ces détails, cette nouvelle version 2015 du polonais est parfaitement bien remise à jour et intègre bien les nouveaux termes qui s’appliquent aux nouvelles technologies, notamment dans le domaine des réseaux sociaux qui sont très populaires en Pologne !

En plus, cette nouvelle version bénéficie de nouveaux enregistrements (les voix ne sont pas les mêmes que sur la version 2003).

Pour cela, je remercie l’auteure Mme Barbara Kuszmider en espérant qu’un jour un perfectionnement polonais puisse voir le jour.
En effet, le polonais est la langue slave la plus parlée au monde derrière le russe et juste devant l’ukrainien.

Il faut garder à l’esprit que le polonais (tout comme le tchèque) est une langue dont la phonétique, la morphologie, et la syntaxe sont très complexes (peut-être plus qu’en russe), et ne peut s’apprendre « sans peine »…

Le seul avantage du polonais et du tchèque comparé au russe et à l’ukrainien, c’est que l’accent tonique est fixe, régulier et prévisible, et ça c’est une facilité !

Par Michel BELLON le 14/03/15 à 23h17

Bonsoir,

Au sujet des enregistrements, il est intéressant de noter que l’un des locuteurs « rera », c’est-à-dire grasseye les r dans certaines positions, ce qui peut être un défaut de prononciation (comme la « картавость » en russe)… ou bien une caractéristique des dialectes de la région de Poznań et de Poméranie.

Bon dimanche,
Michel.

Par Michel BELLON le 30/03/15 à 13h54

Bonjour,

Grand merci à Barbara Kuszmider pour son message, d’autant que je ne crois pas que jusqu’à présent d’autres auteurs aient répondu à leurs lecteurs sur ce bloc-notes.

Elle a raison de critiquer ma façon d’aborder les choses sous un angle sans doute trop technique, ce qui est un peu instinctif chez moi, comme je le reconnais implicitement au début du dernier paragraphe de mon texte.

Je lui renouvelle mes remerciements aussi pour ce travail important en faveur de la connaissance de la langue et de la culture polonaises. J’espère qu’un assez vaste lectorat sera grâce à elle amené à s’intéresser à ce sujet passionnant.

Avec le soutien d’Assimil, reste maintenant à aller plus loin avec un futur Perfectionnement polonais ! 🙂

Michel.

Par Marie Laurent le 29/09/15 à 2h04

Bonjour,

J’ai lu avec plaisir les commentaires portés sur cette réédition de l’Assimil d’une langue que je souhaite apprendre. Je suis heureuse de trouver ici une critique argumentée de l’introduction, sous la plume de Michel Bellon. Je déplore aussi les transcriptions ad hoc, toujours approximatives, qui sont la règle chez Assimil. Je connais l’argument que reprend contre l’API madame Kuszmider. Il ne me convainc pas. Il me semble aussi que Monsieur Bellon n’est pas un débutant, comme paraît le croire, ou feint de le croire Barbara Kuszmider.

Personnellement, j’ai une formation linguistique universitaire et je suis agrégée de lettres classiques. J’espère que ce travers ne me desservira pas dans un commentaire sur un site généraliste, de surcroît commercial. J’ai commandé la méthode chez mon libraire. Mais j’ai l’habitude de travailler en langues sur plusieurs ouvrages à la fois. Je dispose aussi de celle que propose l’Institut d’études slaves. Je peste contre les enregistrements. On se demande pourquoi Assimil demeure le seul éditeur à s’être aperçu que l’utilisateur n’achète pas les cd pour y entendre parler dans sa langue maternelle – chez la plupart des concurrents, les consignes occupent jusqu’à un tiers du temps imparti à l’enregistrement. Ce même utilisateur n’est par ailleurs pas nécessairement débile, et même un débutant est capable de s’y retrouver, en s’aidant du livre, dans le flux continu d’une langue qu’il ne maîtrise pas.

Merci à ceux qui me liront, ne censureront pas, éventuellement répondront.

    Par Éditions Assimil le 30/09/15 à 8h52

    Bonjour, l’API est toujours un vaste débat. On est tout à fait conscient que les transcriptions ne sont pas aussi précises qu’elle devrait l’être. Mais l’API est presque un langage à part que tout le monde ne maitrise pas.
    Rassurez-vous, que vous soyez agrégée de lettres classiques n’est nullement un handicap, bien au contraire !

Par Chris Keller-Kostakiotis le 30/09/15 à 23h34

Je pense que l’API devrait effectivement être utilisé pour tous les manuels de langues, y compris les méthodes ASSIMIL.
Par exemple, chaque ouvrage ASSIMIL pourrait avoir, après l’introduction et juste avant la première leçon, deux ou trois pages d’explications exclusivement consacrées à l’API pour les personnes qui ne connaissent pas ce « langage » phonétique.

Par Michel BELLON le 01/10/15 à 17h17

Bonjour Marie, bonjour tout le monde,

Je ne suis en effet pas un « débutant » en langues slaves, domaine dans lequel j’ai également une formation universitaire, même si j’ai finalement délaissé l’enseignement et opté pour un métier très différent, en partie parce qu’il m’offrait la perspective d’utiliser et accroître mes connaissances linguistiques.

Je rejoins la critique de Marie au sujet des enregistrements qui donnent des instructions inutiles (et de toute façon souvent notées dans le manuel) et font ainsi perdre un espace qui pourrait être bien mieux utilisé. Ce n’est pas le défaut des seuls éditeurs français, hélas, et il faut se réjouir qu’Assimil ait évité cet écueil.

Il ne surprendra personne parmi les habitués de ce bloc-notes que je profite de l’occasion pour appuyer à nouveau la solution de l’API. La question a été débattue dans plusieurs entrées et, moi non plus, je ne suis convaincu par aucun des arguments contre l’utilisation de cet alphabet.
Chris a raison de souligner que l’explication au sujet des symboles de l’API pourrait facilement (et sans doute avantageusement pour l’éditeur) être standardisée et reprise dans l’introduction à chaque méthode, adaptée bien évidemment à chaque langue et ne retenant que les signes utiles à son étude. Le symbole [ɕ] peut certes déconcerter à premier abord, mais une fois appris, il est précis et peut être associé sans grande difficulté me semble-t-il à la graphie -ś- ou -si- du polonais. Accessoirement, en évitant d’utiliser la graphie -ch- pour représenter le son polonais, on évite à l’apprenant une possible confusion avec le son du français. Finalement, cette sorte de « crainte » que suscite l’API chez certains est assez semblable à celle qu’on peut observer face à des systèmes graphiques peu familiers, en particulier le cyrillique (pour se limiter aux langues slaves) : j’ai souvent rencontré des personnes à qui le russe semblait être une langue terriblement compliquée parce que « déjà, rien que l’alphabet !… », toute l’horreur et la difficulté de la chose étant résumée par l’accent mis sur ces mots. Et pourtant, l’apprentissage du cyrillique est bien peu de choses au regard des vraies difficultés que le russe (l’ukrainien, le biélorusse, le serbe, le bulgare…) peuvent présenter. De même, l’acquisition des signes standard de l’API (dont la plupart réapparaîtraient ensuite d’une langue à l’autre, rappelons-le) ne serait qu’une petite chose, le vrai problème étant de reproduire exactement les sons qu’ils représentent.
Pour en terminer sur ce point, je signale aussi que Wikipédia utilise l’API pour indiquer la prononciation des noms propres, ce qui est quand même une référence, et surtout la preuve que ce système n’est pas réservé qu’aux seuls « spécialistes ».

En allant un peu plus loin maintenant, on peut aussi remarquer que les « descriptions » des sons inhabituels, tout en restant empiriques (il n’est pas question de tomber dans la « phonétique scientifique »), pourraient parfois être plus efficaces. Je prendrai un exemple, en précisant au préalable que je n’ai pas sous la main, au moment où j’écris ces lignes, la méthode de polonais, et qu’il est très possible que l’explication donnée par Mme Kuszmider, que je n’ai pas en mémoire, soit différente de ce que je vais rapporter. Prenons donc le son orthographié en polonais, selon sa position, -ś- ou -si- : ne vaudrait-il pas mieux indiquer qu’il « ressemble à un ch français, mais prononcé avec la pointe de la langue placée au-dessus des dents supérieures », plutôt que de dire qu’il est « plus doux que le ch français» ou « comme un ch français mouillé », ce qui somme toute ne donne aucune précision sur le point d’articulation du son et par conséquent est bien peu utile pour un apprenant ?

Bonne fin de journée,
Michel.

Par Chris K. le 08/06/18 à 17h50

Bonjour à tous,

A propos d’une autre langue slave occidentale que le polonais:

Le tchèque.

Je suis à mi-parcours de la méthode ASSIMIL (édition réactualisée de 2015).

Outre sa grande complexité gramaticale, il semble que la langue tchèque fait une grande différence entre la langue parlée et la langue littéraire; ces différences ne sont pas clairement expliquées dans l’ouvrage ASSIMIL.
Est-ce qu’il y a des slavisants sur ce blog qui pourraient me dire si ces différences ont un impact significatif sur la morphologie et la syntaxe ?

Je viens de me procurer en complément un vieux manuel qui semble très complet:

« Čeština pro cizince » – « Le tchèque sur la base du français »
de Milan Šára, Jitka Šárová, et Antonín Bytel
Editions Státní pedagogické nakladatelství Praha (1969).

PS: Je pense que Michel BELLON doit certainement avoir ce livre dans sa bibliothèque, ainsi que des éléments de réponse…

Bonne soirée.

Par Michel BELLON le 11/06/18 à 0h33

Bonsoir Chris,

De retour de week-end, je réponds à ton message, peut-être rapidement, mais d’autant plus volontiers que tu sembles me solliciter. 😉

Tout d’abord, nous avons plusieurs fois parlé du tchèque, et tu peux déjà trouver une partie des réponses à tes questions d’aujourd’hui après certains articles, parfois anciens et dont le sujet est souvent bien éloigné des langues slaves. Je te renvoie avant tout à la discussion qui suit l’entrée « Nouveauté : ce qui vous attend au premier trimestre 2014 », publiée le 1/1/14, que nous avons commentée encore l’an dernier ; l’échange de messages du 9/4/17 concerne exactement le sujet que tu abordes, c’est-à-dire les différents registres de langue et le mérite comparé d’ouvrages d’apprentissage du tchèque. Une petite remarque en passant : l’édition de Čeština pro cizince que je possède pour ma part, qui est celle avec laquelle j’ai fait le plus gros de mon initiation au tchèque à l’université de Toulouse, date de 1970 et a pour auteur principal Václav Vlasák, outre les trois que tu mentionnes. Je ne connais pas ton édition de 1969. S’agit-il d’une erreur (la proximité des dates me pousse à le penser), ou bien réellement d’une première version de la méthode à laquelle ne participait pas Václav Vlasák ?

Mis à part cela, nous avons également évoqué le tchèque dans les commentaires accompagnant « Les nouveautés de la rentrée » du 8/8/13 (messages du 22/1/15), « Nouveauté : Grammaire du japonais de Catherine Garnier » du 16/2/17 (messages des 22 et 23/4/17), ainsi sans doute qu’un ou deux autres articles, mais de façon moins directe.

Précisons maintenant un peu les différences existant entre le tchèque commun (obecná čestina, OČ) et le tchèque littéraire (spisovná čestina, SČ) ou sa forme parlée (hovorová forma spisovné čestiny, HFSČ). Elles se situent surtout sur les plans phonétique et morphologique. Je n’ai ni la place, ni le temps, et encore moins la capacité de les énumérer toutes, et je me contenterai donc d’en mentionner quelques-unes :
– ajout en OČ d’un v- à l’initiale des mots commençant par o- en SČ, visible notamment dans les pronoms personnels (v)on, (v)ona, (v)oni.
– diphtongaison de ý et í en ej dans des mots comme bejt (pour být, = être), dobrej (pour dobrý = bon, et l’ensemble des adjectifs de la même classe au nominatif masculin singulier) ou zejtra (pour zítra = demain).
– diphtongaison de ú- initial en ou-, comme dans ouhlovej (pour úhlový = angulaire) ou ouhrada (pour úhrada = remboursement).
Ce phénomène de diphtongaison de voyelles longues (ý et í > ej, ú > ou) n’est pas rare dans les langues. Qu’on pense, entre autres nombreux exemples, au Great Vowel Shift de l’anglais, ou à ce qu’on peut observer en suédois contemporain dans les noms de nombres två (2), tre (3).
– changement de é en ý ou í, qui, dans les adjectifs, aboutit à des transferts de formes pouvant être troublants quand on ne connaît pas bien la langue, car alors dobrý en OČ équivaut à dobré en SČ. On relève le même changement dans mlíko (pour mléko = lait), par exemple.
– instrumental pluriel en -ama (au lieu de -y au masculin et neutre, -ami au féminin) pour les substantifs de « type dur », et en -ema ou -ěma (au lieu de -i au masculin et neutre, -emi ou ěmi au féminin) pour le « type mou ». On observe un changement comparable à l’instrumental pluriel des adjectifs où la terminaison -ými devient (combinée à la diphtongaison du ý), -ejma. Ainsi, au lieu de SČ « s dobrými kluky » = avec de bons garçons, on a « s dobrejma klukama » en OČ.
– abrègement de la terminaison -ím en -im à la 1ère personne du singulier du présent des verbes de la classe 4.
– à la 1ère personne du pluriel du présent des verbes de la classe 3, la terminaison -ujeme de SČ devient -ujem en OČ (et au futur de být = être, budeme > budem) ; remarquons ici qu’à la 1ère personne du singulier du présent, les deux terminaisons possibles, -uji et -uju, marquent plutôt la différence entre SČ et HFSČ.
– de la même façon, au pluriel neutre du passé, le remplacement de la terminaison -la en SČ par -ly (alignée sur celle commune au masculin inanimé et au féminin), relève plus de HFSČ, voire de l’analogie qui tend à unifier l’ensemble des formes du pluriel, hors celle du masculin animé.
– enfin, à la 1ère personne du pluriel du conditionnel, l’auxiliaire bychom en SČ est bysme en OČ.

On pourrait ajouter encore pas mal de choses à la liste qui précède. Notons aussi que les différences phonétiques ne s’appliquent pas toujours systématiquement. Ainsi, l’ajout du v- initial est loin de toucher tous les mots de la langue commençant par o- en SČ : seuls les mots les plus courants sont concernés (encore que otec = père ne semble pas exister sous la forme *votec) et c’est plutôt l’usage qui prévaut en ce domaine.

Bonne fin de soirée,
Michel.

Par Chris K. le 11/06/18 à 15h28

Bonjour Michel, et merci pour tous ces éléments de réponse qui aideront toutes les personnes qui s’intéressent à la langue tchèque.

J’avais effectivement évoqué la question sur ce blog il y a un certain temps et je ne m’en rappelais plus… 🙁
Notons qu’il est quasi impossible de retrouver un ancien commentaire sur ce blog si on ne se souvient plus sous quel chapitre d’entrée le commentaire a été envoyé !

Pour en revenir au livre « Čeština pro cizince »,
j’avais effectivement oublié de mentionner Václav Vlasák parmi les auteurs (!)
Ce livre a été publié en 1969, puis en 1970 sous deux versions:
une version francophone « le tchèque sur la base du français » et une version anglophone « Czech for English-speaking students ».
Je me suis procuré les deux versions car textes et dialogues sont légèrement différents d’une version à l’autre (même si dans les deux cas de figure, les textes sont essentiellement axés sur l’ancienne Tchécoslovaquie communiste).
Cet ouvrage, bien qu’ancien, est très complet et constitue un excellent complément à la méthode ASSIMIL de tchèque d’Olga Spilar.

Quelque soit la méthode d’apprentissage utilisée, reconnaissons que le tchèque est une langue très complexe…
Sa langue sœur, le slovaque, est relativement plus simple.

Bonne fin de journée.

Chris K.

Par Michel BELLON le 11/06/18 à 23h29

Bonsoir Chris,

Il est effectivement difficile de retrouver les commentaires qui accompagnent les articles anciens sur ce bloc-notes qui, au bout de cinq ans d’existence, est un peu « touffu ».
C’est peut-être afin de l’alléger (un tout petit peu) que les administrateurs ont récemment supprimé, comme je m’en suis rendu compte par hasard, certains commentaires ou même articles, par exemple celui qui s’intitule « La librairie Assimil n’attend que vous ! ». Mon attention a été attirée par le fait que dans la liste des « articles populaires », où il figure en dixième et dernière position en raison de ses 37 commentaires, il est maintenant précédé de la mention « Privé ». Je ne sais pas très bien ce que cela signifie (est-il désormais réservé à une catégorie particulière de lecteurs ?), ni quel est le but recherché, mais toujours est-il que lorsqu’on clique sur cet article pour le relire, on est renvoyé à une page vide…

Pour en revenir aux deux langues-sœurs que sont le tchèque et le slovaque, je n’ai pour ma part pas vraiment le sentiment que la seconde est plus simple que la première.
Le système phonétique moyen du slovaque, qui possède 11 voyelles, 4 diphtongues, 27 consonnes et 4 consonnes syllabiques (brèves et longues : l et ĺ, r et ŕ), est plus complexe que celui du tchèque standard qui compte 10 voyelles, 3 diphtongues, 25 consonnes et 2 consonnes syllabiques (brèves uniquement : l et r). À cela s’ajoute la « loi de limitation », appelée en slovaque « règle d’abrègement rythmique », (pravidlo o rytmickom krátení) ou encore « loi rythmique » (rytmický zákon), inconnue en tchèque et n’ayant d’équivalent dans aucune autre langue slave. Pour trouver quelque chose qui s’en approche (sans être pourtant identique), il faut chercher du côté du grec ancien et observer comment certaines désinences longues provoquent un déplacement de l’accent tonique, dont on trouve encore les prolongements en grec moderne. La loi rythmique du slovaque rend en principe impossible (mais avec, comme il se doit, quelques exceptions) la succession de deux syllabes contenant une voyelle longue. Elle a d’importantes conséquences morphologiques, ce qui complique beaucoup la tâche des étrangers dans la maîtrise des déclinaisons. Pour ne citer qu’un seul exemple, très simple, on a en tchèque la même désinence -á au nominatif féminin singulier de l’adjectif dans « červená květina » (une fleur rouge) et « krásná květina » (une belle fleur), alors qu’en slovaque le -á long de « červená kvetina » alterne avec le -a bref de « krásna kvetina ».

Ces particularités phonétiques compensent en grande partie le fait que les déclinaisons nominales sont dans l’ensemble plus régulières en slovaque qu’en tchèque, ce qui s’explique entre autres par le fait que la palatalisation s’y exerce moins. On peut remarquer aussi que le vocatif, vivant en tchèque, est en voie de disparition en slovaque.
Les verbes sont en revanche habituellement répartis en 5 classes en tchèque, alors que les grammaires slovaques en indiquent souvent plus, jusqu’à 14 différentes. Toutefois, la question est difficile à trancher car les principes ne sont pas les mêmes dans les deux langues, et certaines classes du slovaque ne comportent qu’un très petit nombre d’unités, qu’on pourrait aussi considérer comme des verbes irréguliers, hors classes.

Il me semble donc en conclusion que l’opinion, que j’ai en effet rencontrée à plusieurs reprises, selon laquelle le slovaque est moins compliqué, c’est-à-dire « plus facile » que le tchèque est une façon assez optimiste de voir la réalité de cette langue. 🙂

Bonne fin de soirée,
Michel.

Par Chris K. le 12/06/18 à 12h33

Bonjour Michel et à tous,
comme quoi la perception de la difficulté d’une langue peut varier d’une personne à l’autre…
J’ai étudié le slovaque avec la meilleure méthode que je connaisse sur le marché: « Colloquial Slovak » (Routledge, 2015) et aussi avec le guide de conversation ASSIMIL « Le slovaque de poche » où la phonétique et la grammaire sont bien présentées.
La phonétique de cette langue ne me paraît pas particulièrement compliquée, si ce n’est la fréquence des consonnes mouillées qui existent aussi en tchèque: Ďď / Ťť / Ľľ
La voyelle ô se prononce facilement (en tout cas, plus facilement que la consonne tchèque Řř !)
Les lettres propres au slovaque Ĺĺ et Ŕŕ sont assez rarement utilisées.
Quand au Ää slovaque (peu fréquent), il se prononce tout simplement comme en allemand ou en suédois.
Concernant la grammaire, les déclinaisons nominales slovaques sont effectivement plus régulières qu’en tchèque.

Bonne journée. 🙂

Par Chris K. le 23/06/18 à 18h08

Bonjour,

Les éditions ASSIMIL devraient réfléchir à nouveau sur l’idée de transcrire la prononciation des différentes langues en alphabet phonétique international (API), plutôt qu’une transcription approximative « à la française »;
cela éviterait de nombreuses erreurs de prononciation et réduirait certainement l’accent « Frenchy » !…
Idéalement, chaque ouvrage ASSIMIL de la collection « sans peine » aurait en préface un rappel de chaque son correspondant à chaque caractère de l’API.

Par Xavier le 27/06/18 à 18h57

Bonjour. Entièrement d’accord avec Chris sur l’alphabet phonétique international. Je ne regarde plus la transcription qui est donnée pour chaque ouvrage. C’est beaucoup trop approximatif et parfois le résultat est ridicule. J’essaie à chaque fois de me procurer un dictionnaire de prononciation de la langue que j’étudie. Prononciation qui est donnée en API. Comme l’a écrit Chris, il suffit de faire un rappel de chaque son en préface. Cet alphabet n’est vraiment pas difficile à assimiler.

Par Toni le 29/06/18 à 22h59

Bonjour,

L’alphabet phonétique international ne donne pas non plus une transcription exacte d’une langue. Cet alphabet est utile pour des linguistes mais les méthodes Assimil s’adressent à un public le plus large possible. De toute façon avec l’audio on comprend la prononciation. La transcription à la française est une aide mais en aucun cas la base pour apprendre à prononcer. C’est d’ailleurs bien indiqué dans les manuels. Personnellement, je serais obligé de consulter « la transcription à la française de la transcription internationale » pour comprendre la prononciation des leçons. Beaucoup de personnes qui essayent d’apprendre une langue ont souvent un problème de motivation et une transcription qui ne serait pas naturelle serait un obstacle de plus. Je pense qu’Assimil doit conserver la transcription actuelle. Mais je peux comprendre la réflexion de ceux qui préfèrent l’API.

Par Michel BELLON le 03/07/18 à 19h30

Bonsoir Toni, bonsoir tout le monde,

La question de l’utilisation de l’Alphabet phonétique international (API) dans les méthodes Assimil a été abordée à de nombreuses reprises, notamment dans les échanges de messages ci-dessus, entre le 29/9 et 1/10/2015.
Tu trouveras aussi des interventions sur le même sujet dans les commentaires qui suivent les articles « Les nouveautés de la rentrée » publié le 8/8/2013, « Le roumain, Ionesco et la méthode Assimil : entretien avec Vincent Iluţiu » du 14/4/2014, ou encore « Qu’est-ce que la méthode Assimil ? » du 17/11/2016.

Je suis pour ma part un défenseur opiniâtre de l’API qui, contrairement à ce que tu crois, peut donner une transcription exacte d’une langue. C’est même le seul système susceptible de le faire, puisqu’il a été conçu dans ce but.
L’API est parfaitement bijectif : à un son est toujours associé un seul et même symbole, et inversement chaque symbole représente toujours un seul et même son. Pour prendre un exemple simple, le son écrit en français ‘ch’ dans chat, ‘sh’ dans flash, ‘sch’ dans schiste, ‘chs’ dans fuchsia, ‘sc’ dans fascisme… est toujours transcrit par [ʃ]. À l’inverse, chaque fois qu’on rencontre le symbole [ʃ], on sait qu’il représente le son de ‘ch'(at) ou (fla)’sh’, quelle que soit la manière dont la langue transcrite l’orthographie : ‘sh’ en anglais (entre autres possibilités) et albanais, ‘sch’ en allemand, ‘sc(i)’ en italien, ‘sz’ en polonais, ‘š’ en tchèque, slovaque, croate, slovène…, ‘s’ en hongrois, ‘ş’ en roumain et turc, ‘sj’, ‘sk’ ou ‘skj’ en norvégien, ‘ш’ en russe, ukrainien, bulgare, serbe…, ‘շ’ en arménien, ‘შ’ en géorgien, ‘ش’ en arabe, ‘שׁ’ en hébreu, et je pourrais continuer encore longtemps cette liste !
Pour en finir avec [ʃ], remarquons que selon les règles orthographiques de notre langue (si tant est qu’elle en ait véritablement !), ce son, bien qu’assez fréquent, n’est pas représenté par une lettre unique, mais par la combinaison de c + h. Cinq autres sons du français, des voyelles, sont également dépourvus de notation spécifique : ou, et les nasales an, in, on, un.

Et donc, il n’existe qu’extrêmement peu de langues qui transcrivent avec autant de précision que l’API les sons qu’elles possèdent. L’espéranto et le volapük me semblent être parmi les rares exemples, ce qui n’est pas surprenant compte tenu des principes qui ont prévalu à la construction de ces langues auxiliaires. Pour les langues naturelles, même des systèmes orthographiques réputés très réguliers, ou « phonétiques », ont leurs lacunes.
Ainsi, l’alphabet finnois, qui est pourtant un modèle de régularité, occulte complètement le son noté [ʔ] en API, appelé « arrêt glottal » ou « coup de glotte », ou encore « stød » d’après son nom en danois, langue où il est très fréquent. On l’entend en allemand devant tous les mots commençant par une voyelle, ce qui contribue à l’opinion répandue selon laquelle cette langue a une prononciation « hachée », les voyelles initiales n’étant pas liées aux mots qui les précèdent : die | andere | Arbeit (l’autre travail). En finnois, [ʔ] apparaît en particulier à la fin du radical négatif des verbes et provoque en principe l’allongement de la consonne initiale du mot qui suit. Pour être tout à fait conforme à la prononciation, une phrase comme « En lue tätä kirjaa » (Je ne vais pas lire ce livre), devrait donc être écrite, à supposer qu’on note [ʔ] par la lettre ‘q’ qui ne fait pas partie de l’alphabet finnois standard, « En lueq tätä kirjaa », ou bien, selon la norme actuelle, « En lue ttätä kirjaa ».
En italien, langue qui a aussi une orthographe plutôt régulière (mais pas parfaitement, en raison surtout de la notation défectueuse des accents toniques), les lettres ‘c’ et ‘g’ représentent pourtant chacune deux sons différents selon l’entourage dans lequel elles se trouvent (c’est d’ailleurs la même chose dans les autres langues romanes), alors qu’inversement le son [k] peut s’écrire ‘c’, ‘ch’, voire ‘k’ dans des mots d’emprunt, et [g] ‘g’ ou ‘gh’ ; d’autre part la lettre ‘h’ est muette lorsqu’elle est utilisée seule : « Gli Assimilisti hanno l’hobby delle lingue » (Les langues sont le dada des Assimilistes), avec la forme élidée de l’article « il » devant le second mot commençant par ‘h’, ce qui prouve bien que cette lettre ne correspond à absolument aucun son.

Il est vrai que l’utilisation d’une transcription strictement phonétique qui inclurait tous les particularismes de chaque langue, même de celles auxquelles nous sommes généralement le plus habitués, n’est peut-être pas souhaitable. Pourquoi ne pas appliquer un système « tempéré », un moyen terme entre la phonétique, qui donne les caractéristiques exactes de chaque son, et la phonologie, qui ne retient que ce qui est distinctif et nécessaire à la compréhension ? On pourrait ainsi, après avoir bien indiqué comment il se prononce, transcrire le ‘r anglais’ par [r], bien que le symbole exact de l’API soit dans ce cas [ɹ̠] et que [r] soit attribué au ‘r roulé’ de l’espagnol ou de nombreuses autres langues. Une simplification de ce genre n’est bien entendu admissible qu’en ce qui concerne la représentation graphique du son, car quand on le décrit et l’explique, il est indispensable, dès le début, de le faire d’une manière détaillée, la mieux à même d’aider l’apprenant à se rapprocher le plus possible de l’accent des locuteurs natifs.

On peut rétorquer, comme tu le fais, que la solution est dans l’écoute des enregistrements. Oui, l’imitation est un élément très important de l’apprentissage, mais si elle suffisait, alors toute explication sur la façon de prononcer tel ou tel son serait inutile, qu’elle soit fournie en API ou « à la française ». En réalité, un adulte, quoi qu’on puisse dire, ne peut pas apprendre une langue étrangère « comme il a appris sa langue maternelle » (cela aussi a été évoqué dans les commentaires de l’article « Qu’est-ce que la méthode Assimil ? » du 17/11/2016), et c’est bien la raison pour laquelle il a besoin d’explications, tant pour la grammaire que pour la prononciation et le vocabulaire.
Il appartient aux auteurs de faire en sorte que ces explications soient autant que possible claires et précises. Cette préoccupation me semble hélas trop souvent absente des méthodes actuelles, et c’est d’autant plus regrettable que ceux qui apprennent sont presque toujours très motivés et visent sans doute d’emblée une certaine « perfection ».
Je pense d’une manière générale qu’Assimil devrait insister beaucoup plus sur tout ce qui touche à la prononciation et à la prosodie. L’utilisation de l’API est un moyen d’y parvenir, mais je crois qu’il serait nécessaire également de faire commencer chaque méthode par une vraie leçon consacrée à la phonétique de la langue enseignée, une « leçon 0 » qui contiendrait de nombreux exemples enregistrés de sons isolés, mots, groupes de mots et phrases entières (voir à ce sujet les commentaires de l’article « Objectif Langues : une nouvelle collection de méthodes » du 27/6/2017).

Enfin, un argument qui joue en faveur de l’utilisation généralisée de l’API est celui de l’uniformisation, si on considère que ceux qui ont « l’hobby delle lingue » se limitent rarement à en étudier une seule. La situation présente est encore « pré-révolutionnaire », elle nous renvoie à l’époque où, quand on changeait de pays, ou même de région, on devait se familiariser avec un nouveau système de mesures, les pieds, pouces, coudées et autres « unités » n’étant rien moins qu’unifiées et changeant de valeur selon l’endroit où on se trouvait. Le système métrique a heureusement remédié à cela. Plus près de nous, l’introduction de l’euro a eu un effet comparable, dans un autre domaine. Certes, dans un cas comme dans l’autre, il y a toujours des résistances, comme le montrent nos voisins britanniques ! 🙂 Mais le principe de « splendid isolation » est-il judicieux, et est-ce la réponse appropriée ? Libre à chacun d’en penser ce qu’il veut, mais je crois pour ma part qu’il est grand temps qu’Assimil fasse la « révolution » de l’API.

Je termine ici ce message, qui est déjà bien long, mais je vais m’efforcer dans un autre à venir d’illustrer mes propos sur l’utilité de l’API et la nécessité d’une approche plus rigoureuse de la prononciation dans les méthodes Assimil.

Bonne fin de journée,
Michel.

Par Toni le 04/07/18 à 21h55

Bonjour Michel,

Merci beaucoup pour cette explication très intéressante. Je n’ai jamais contesté l’utilité de l’API mais je me positionnais à la place d’un apprenant lambda, pas un linguiste ou un assimiliste comme vous et moi.
Tellement de gens disent qu’ils aimeraient parler une nouvelle langue autour de nous. Je leur montre souvent le principe de la méthode Assimil mais il n’est pas toujours facile de motiver une personne d’y consacrer du temps chaque jour. Je trouve l’API plus compliqué pour un non initié. Le but de la méthode est quand même de toucher le grand public.

Nous sommes des passionnés et nous sommes exigeants. C’est normal. Mais la méthode ne s’adresse pas qu’aux seuls passionnés. Sinon elle ne tiendrait pas longtemps…

Nous, polyglottes, nous savons parfaitement comment apprendre une langue et qu’une simple méthode ne permet d’atteindre qu’un niveau intermédiaire, et ce en étant assidu. La méthode nous permet d’acquérir une bonne base et il faut par la suite pratiquer. Cela va de même pour la prononciation. Il suffit juste d’être bien aiguillé et la justesse du son viendra par la suite :-). De toute manière cela dépend de chaque individu. Certains n’acquièrent jamais la prononciation bien que vivant dans un pays pendant 20 ans et ayant un niveau C2. D’autres sont plus doués pour acquérir la prononciation et l’accent.

Personnellement je trouve la syntaxe plus importante que la prononciation. On préfère écouter une personne s’exprimant parfaitement bien que n’ayant pas une prononciation exacte ( par exemple les hispaniques avec le son « z » et le son « je » ou beaucoup d’étrangers avec le r à la française) au lieu d’une personne ayant une très bonne prononciation (et peu d’accent) mais faisant beaucoup d’erreurs de grammaire ou de vocabulaire.

Il ne faut en revanche pas trop simplifier non plus, ce qui peut nuire à la compréhension, notamment pour les langues slaves. De ce fait, les méthodes mériteraient un peu plus d’approfondissement grammatical pour ces langues. Sinon on est vite dépassé par toutes les déclinaisons et exceptions.

De toute façon tous les polyglottes n’ont pas la même façon d’apprendre. Aucun procédé ne fera jamais l’unanimité.

Ravi en tous cas d’avoir dialogué avec vous.

Bonne soirée,

Toni

Par Michel BELLON le 15/07/18 à 1h06

Bonsoir Toni,

J’ai pris connaissance de ton message tardivement mais avec beaucoup d’intérêt. Il est dommage que nous ne soyons pas plus nombreux à échanger nos points de vue et confronter nos opinions. Celles et ceux qui visitent ce bloc-notes auraient sans doute des choses à dire sur les sujets abordés dans les articles et les discussions qui s’ensuivent.

J’avais l’intention de compléter ma précédente contribution, et ce que tu écris me donne l’occasion de le faire maintenant. J’espère que tu ne m’en voudras pas de rester dans l’ensemble sur mes positions et de m’efforcer de les conforter. Je donnerai quelques exemples pour illustrer l’avantage qu’aurait selon moi Assimil à adopter l’API, système de notation phonétique cohérent et reconnu. J’insisterai aussi sur nécessité de renforcer et rendre plus consistantes les introductions phonétiques de la série « Sans Peine ». Comme j’essaierai de le montrer, la prononciation est le parent pauvre de ces méthodes, les apprenants devant se débrouiller avec les enregistrements sans que des explications précises ne les aident à en tirer le meilleur profit.

Mais tout d’abord, je veux rendre justice à l’éditeur, car j’ai malencontreusement omis la dernière fois de mentionner une chose sur laquelle je tenais pourtant à attirer l’attention : dans la nouvelle série de niveau A2, « Objectif langues », l’auteure de l’un des 5 titres publiés à ce jour, celui consacré à l’islandais, a fait le choix d’utiliser l’API dans sa présentation de la prononciation. Certes, tout n’est pas parfait, car les explications données sur cet alphabet, les sons que représentent ses symboles et la façon de les prononcer ne sont pas suffisamment développées. Il est probable que Kristín Jónsdóttir a manqué de place pour ça. Mais il faut un début à tout, et c’est pourquoi je trouve particulièrement réjouissant qu’un pas soit fait en direction de ce qui me paraît être une amélioration, et aussi que l’utilisation de l’API dans cette introduction démontre qu’il ne s’agit pas d’un système hors de portée pour le « commun » des apprenants.
N’est-ce pas d’ailleurs leur faire injure que de le croire ? Ne peut-on au contraire légitimement penser que ceux qui entreprennent l’étude d’une langue sont tout à fait capables de retenir quelques signes particuliers, qui plus est quand il s’agit d’outils qui leur permettront d’atteindre le but visé ? Renoncer à ces outils, c’est un peu comme si on refusait d’utiliser certains termes grammaticaux en partant du principe qu’ils seront incompréhensibles. Je fais le parallèle à dessein, car c’est effectivement un reproche que nous sommes quelques-uns à avoir fait à certaines méthodes. On note paradoxalement chez les auteurs qui prennent ce parti pris de « simplification » une certaine incohérence, car la logique voudrait, si vraiment ils considèrent le matériau grammatical trop ardu, qu’ils s’efforcent d’expliquer d’une manière assez détaillée et surtout très « pédagogique » les notions auxquelles ils sont de toute façon contraints de faire appel à un moment ou un autre (pour les langues slaves, par exemple, celles de déclinaison ou d’aspect), ce que trop souvent ils ne font pas, ou qu’ils font d’une façon trop dispersée et fragmentaire. La simplification recherchée aboutit alors à une complication supplémentaire… Mais cela, c’est une autre histoire.

Pour en revenir à l’API, on peut se rendre compte en lisant l’introduction d’ « Apprendre l’islandais » que, loin d’être un « luxe » réservé aux seuls spécialistes de la linguistique, cette transcription est beaucoup plus homogène, qu’elle a un aspect plus léger (je dirais même plus élégant) que les boursouflures qu’on trouve dans les indications de prononciation « à la française » (qui ont d’ailleurs somme toute assez peu en commun avec l’orthographe de notre langue) mélangeant en une « bouillie » assez informe majuscules et minuscules, lettres en gras, en italique, soulignées, ou encore en exposant ! Je ne vois vraiment pas ce qui rendrait les symboles universels de l’API plus difficiles à apprendre et à mémoriser que les solutions actuellement retenues.
Plus grave, les transcriptions qui s’appuient trop sur une orthographe familière à l’apprenant sont en définitive plutôt contre-productives. Comme on le sait, si les mauvaises habitudes se prennent facilement, il est beaucoup plus long et difficile de s’en défaire. C’est vrai en particulier pour tout ce qui a rapport à la prononciation : rapprocher les sons de la langue étrangère de ceux du français aboutit presque inévitablement à identifier les uns aux autres. Ce n’est pas surprenant, car (je me répète 😉 ) on n’apprend pas une langue étrangère comme on a appris sa langue maternelle. Ce que cette dernière imprime dans nos esprits est si profond qu’il faut souvent beaucoup d’efforts – et ce n’est pas cette fois une question d’aptitudes ou d’intelligence – pour prendre du recul et voir les choses plus objectivement. Pour rester dans le domaine de la prononciation, je ne citerai qu’un seul exemple, bien qu’il ne soit pas complètement pertinent ici : qu’on demande à n’importe quel francophone sans connaissances préalables en phonétique s’il prononce bien le même son [k] dans les mots ‘qui’ et ‘cou’, et il y a fort à parier qu’il faudra un bon moment pour le convaincre que la réponse est non !

Remarquons à présent que les transcriptions « à la française » qu’on trouve dans les méthodes Assimil prennent bien souvent des chemins détournés là où une voie plus directe pourrait être empruntée. On dirait que la volonté de « franciser » la prononciation de la langue étrangère est telle qu’elle exclut tout recours à cette même langue. Ainsi, pour le polonais, qui fait l’objet de l’article sur lequel nous nous trouvons : le son que nous écrivons en français ‘ch’, ‘sh’, ‘sch’, ‘chs’, ‘sc’, et peut-être encore d’autres façons, y est toujours écrit ‘sz’. Cette combinaison de lettres, très inhabituelle pour un francophone, a donc peu de chances de passer inaperçue pour lui. Pour me faire l’avocat du diable, si on veut se passer de l’API, est-il bien utile de transcrire ‘sz’ par ‘ch’, et ne serait-il pas plus efficace de garder tel quel le digramme polonais après avoir indiqué qu’il correspond au son que nous avons en français au début du mot ‘chat’ ? On complique inutilement les choses : au lieu d’associer directement à l’image visuelle ‘sz’ du polonais son image sonore [ʃ], on lui associe une autre image visuelle, ‘ch’, que l’apprenant est invité à interpréter « à la française », ce qui est d’autant plus risqué que cette même image visuelle ‘ch’ existe aussi en polonais, mais associée à un son tout à fait différent.
Dans le même ordre d’idées, on peut aussi se demander si le pīnyīn, transcription très précise du chinois, ne se suffirait pas à lui-même une fois indiquées les valeurs particulières qu’il attribue aux lettres et groupes de lettres qu’il utilise. Certes, quelques signes y ont plusieurs prononciations, mais comme le pīnyīn reflète la structure phonologique et non pas phonétique du chinois pǔtōnghuà, ces prononciations apparaissent dans des contextes différents sans qu’il y ait risque de confusion. Est-il dès lors indispensable de doubler le pīnyīn par une transcription phonétique « à la française », et ne risque-t-on pas en le faisant de semer le trouble ou de provoquer hésitations et confusions ?

J’ai écrit dans mon dernier message que certains « compromis » dans l’utilisation de l’API me semblaient acceptables. Les exemples du polonais et du chinois qui précèdent relèvent de ce moyen terme qui pourrait offrir une alternative au moins partielle à l’API si on persiste à vouloir en éviter l’emploi. Mais ces solutions intermédiaires présentent l’inconvénient de n’être adaptées qu’à la seule langue étudiée. Si on passe du polonais au hongrois, par exemple, on voit que dans cette dernière langue la combinaison de lettres ‘sz’ note le son [s] du français au début du mot ‘sa’, et qu’à l’inverse c’est la lettre ‘s’ qui y représente le [ʃ] noté le plus souvent ‘ch’ en français et toujours ‘sz’ en polonais. Ce manque d’uniformité dans les conventions orthographiques des langues me paraît donc être un argument important en faveur de la généralisation de l’API à toutes les méthodes, et par conséquent je cesse dès maintenant de me faire l’avocat du diable. 😀

Enfin, au-delà de la question de la notation phonétique, il serait souhaitable que les auteurs fournissent de meilleures explications sur la façon de produire les sons pour lesquels les apprenants pourraient rencontrer des difficultés. Ils se limitent en effet trop souvent à des indications plutôt acoustiques ne faisant pas appel à ce qu’il est convenu d’appeler les « organes de la phonation ». Pourtant, bien indiquer quels sont les mouvements et la position de la langue, des lèvres ou d’autres parties de la cavité buccale lors de l’émission des sons, en faire prendre conscience à l’apprenant sur son propre corps, l’aiderait sans aucun doute à percevoir la réalité matérielle des sons de la langue qu’il s’est donné pour objectif d’étudier, et donc à les reproduire de la façon la plus juste possible en s’appuyant sur les enregistrements.
Sans vouloir remettre en question l’excellence générale des cours d’Assimil, j’ai cherché des exemples de ces lacunes dans quelques-unes des méthodes récemment (re)publiées en observant comment est expliqué le son « ch allemand » (selon une terminologie ancienne et récurrente, à peine concurrencée par une autre tout aussi classique, la « jota espagnole »), sous ses deux variantes, ces vedettes de toute description phonétique impressionniste que sont le « ch de ach » et le « ch de ich », que l’API note respectivement [x] et [ç].

Et donc, commençons justement par l’Allemand de Maria Roemer, puisque nous prenons cette langue comme référence pour ce qui est de ces deux sons. On y lit à la page IX, pour [x], qui est transcrit [cH] par l’auteure : « … le ch précédé des voyelles a, au, o, u se prononce dans la gorge. C’est un son qui ressemble à un court raclement de gorge… ». Outre le fait que cette description n’est pas très séduisante, je me demande pourquoi ce « raclement » est « court », alors qu’il n’est pas rare que le son en question soit prolongé, en particulier lorsqu’il se trouve à la fin d’un mot devant une pause, ou dans l’exclamation ‘Ach…’ exprimant le regret, par exemple. Quand on passe maintenant à la variante [ç] du son, l’auteure écrit : « … il y a aussi l’autre ch précédé des voyelles i, e, eu, ü. Il se prononce comme un souffle, en poussant fermement la langue contre les dents inférieures : ich [içh]. » Faire intervenir la position de la langue est une bonne chose, mais en aucun cas cette dernière n’est poussée « fermement… contre les dents inférieures » quand on prononce ‘ich’, et serait-elle vraie que cette seule caractéristique est insuffisante à rendre compte de l’articulation de ce son. C’est une bonne chose aussi d’utiliser le symbole [ç] dans la transcription de ce son, sans doute en référence à l’API, mais à quoi sert de lui adjoindre un [h] ? En revanche, l’auteure ne mentionne pas les cas où ‘ch’, précédé par les voyelles ä et ö ou par une consonne, se prononce aussi « [çh] ». Il faut se reporter à la page XI pour voir apparaître ce complément, d’où ‘ch’ précédé par une consonne est toujours absent. Or, quelques lignes plus haut, elle écrit dans l’exemple qu’elle donne de la prononciation de la terminaison -en: « München, Munich, [munchën] ou [munch’n] », commettant ainsi une erreur dans son propre système de transcription, puisqu’il aurait fallu « [munçhën] ou [munçh’n] ». On peut penser que cette erreur est volontaire, l’auteure n’ayant pas encore abordé la prononciation du « ch de ich » et renonçant donc provisoirement à utiliser le symbole qu’elle retiendra par la suite pour ce son. Dans ce cas, voici un bel exemple de la façon à mon avis trop dispersée et fragmentaire dont les phénomènes phonétiques sont abordés : l’apprenant retiendra d’abord que dans München, on prononce -ch- comme en français (puisque ‘ch’ est justement le symbole par lequel l’auteure transcrit la combinaison de lettres allemande ‘sch’, prononcée [ʃ]), et quand il en arrive à la description du « ch de ich », il ne trouve rien pour le détromper, puisque rien n’est dit de la prononciation de ‘ch’ après une consonne.

Autre référence pour ce qui est du son [x], l’espagnol. Dans la méthode de Francisco Javier Antón Martínez, on lit page XV pour la lettre j : « Se prononce comme le ch allemand dans “Bach” ; c’est un son guttural qui ressemble à un raclement de gorge… ». Voilà qui nous rappelle quelque chose. L’auteur choisit de représenter le son en question par [χ], utilisant un symbole de l’API qui correspond en fait à un autre son, acoustiquement très proche de [x], et qui est effectivement celui que certains hispanophones prononcent pour la lettre j. Dans la refonte plus récente de la méthode par Juan (et María) Córdoba, l’auteur n’explique pas grand-chose page XVI quand il écrit : « la jota, correspondant au son raclé si typique de l’espagnol… », qu’il représente pour sa part à l’aide d’un [H].

Cas intéressant que celui du néerlandais où le son [x], écrit le plus souvent ‘ch’, a en principe un équivalent sonore, écrit le plus souvent ‘g’ et noté [ɣ] par l’API. Cette situation simple à première vue se complique en raison du fait que certaines variétés dialectales ne distinguent pas entre les deux sons, qui se prononcent alors dans la plupart des cas uniformément [x]. De même, le phénomène de l’assimilation des consonnes (sonore > sourde ou sourde > sonore), notamment dans les liaisons entre les mots, joue ici un rôle important. Ineke Paupert n’indique aucune différence entre la consonne sourde et la consonne sonore, écrivant à la page XII du Néerlandais pour les deux graphies ‘g’ et ‘ch’ : « Se prononcent comme la jota espagnole ou le ch allemand dans Achtung ; c’est un son guttural qui ressemble à un raclement de gorge… », et les transcrivant par [χ].

Faisons maintenant un tour du côté des langues slaves, qui toutes possèdent les sons [x] et [ç], ce dernier n’étant qu’une variante de [x] résultant de sa « mouillure ».
Pour le polonais, Barbara Kuszmider transcrit par [H] le son orthographié dans cette langue ‘ch’ ou ‘h’, tout en établissant une légère différence entre les deux graphies dans la description qu’elle donne aux pages XI et XII, différence qu’il est bien difficile de percevoir en polonais standard contemporain. Par ailleurs, dire que ce son est un « h aspiré comme en anglais House » (soit [h] en API), ou « pratiquement identique » quand l’orthographe est ‘h’, ne correspond pas à la prononciation d’une très grande majorité de polonophones aujourd’hui. En revanche, rien n’est dit de la prononciation [ç] qu’on entend dans des mots comme « Chiny » (Chine) ou « historia » (histoire), peut-être parce que ce son n’est justement qu’une variante de [x]. Cependant, la différence est là beaucoup plus perceptible que celle qu’il peut y avoir entre deux hypothétiques [x] écrits ‘ch’ ou ‘h’.

Dans le Russe, Victoria Melnikova-Suchet n’indique elle aussi que la prononciation [x] dans l’introduction phonétique, page XII, définissant cette consonne comme étant un « son raclé », qu’elle transcrit [H], et précisant en note « comme le doch allemand ou le Juan espagnol. » Malheureusement, elle donne comme exemple le mot химия (chimie), dans lequel la lettre ‘х’ se prononce justement [ç] et non pas [x], c’est-à-dire pas comme le « doch allemand », mais comme le « dich »… Puis, à la leçon 1, expliquant la prononciation du mot хорошо (bien), elle fait intervenir une autre notion : « Rappelez-vous que le х est aspiré » !

Même situation de base en croate, et même solution adoptée par l’auteure, Sineva Béné Katunarić qui, malgré un effort pour développer la prononciation de la lettre ‘h’ notant dans cette langue le son [x] et sa variante [ç], n’en dit finalement pas grand-chose de très utile, page XIII : « H : jamais muet ; proche du h anglais et du h aspiré allemand. C’est un son que l’on produit en chassant l’air du fond de la gorge sans la racler. Comme il n’existe pas en français, pour le faire ressortir, nous le mettons systématiquement en majuscule. » Il est vrai que préciser qu’il ne faut pas « racler » la gorge nous rapproche de la vérité si on compare le ‘h’ du croate au ‘х’ du russe. Mais telle quelle, l’explication ne permet pas vraiment de rendre compte de la prononciation.

Le cas du japonais est différent, mais tout aussi instructif quant à l’approche de la phonétique choisie par les auteures, Catherine Garnier et Mori Toshiko. Dans cette langue, le son [x] n’existe pas, mais [ç] s’y trouve, en tant que variante cette fois de [h] devant la voyelle [i] ou la semi-voyelle écrite en français ‘i’ dans ‘chien’ et ‘y’ dans ‘yen’ ([j] en API). Par ailleurs, devant la voyelle que les auteures transcrivent par [ou], bien qu’elle n’ait pas du tout la même valeur que notre ‘ou’, mais soit (pour imiter les descriptions « à la française » que je suis en train de critiquer 😉 ) intermédiaire entre le u de ‘tu’ et le ou de ‘tout’ ([ɯ] en API), ce [h] a une autre variante, qui ressemble à la consonne ‘f’ du français, mais sans que les dents supérieures ne touchent la lèvre inférieure, et dont le symbole en API est [ɸ]. Si mesdames Garnier et Mori distinguent bien la prononciation devant ‘ou’ ([ɯ]) en la notant [f], pourquoi utilisent-elles devant ‘i’ le même symbole [h] que devant les autres voyelles ? Ce faisant, elles se conforment certes aux systèmes de romanisation du japonais les plus courants, mais elle éliminent du même coup une autre des particularités phonétiques qui donnent à cette langue son caractère propre, qu’il aurait pourtant été intéressant et pas très compliqué de signaler.

Je terminerai avec le grec moderne, en remontant un peu plus loin dans le temps. Dans cette langue, la situation est la même qu’en allemand : le son écrit à l’aide de la lettre ‘χ’ a deux variantes, mais elles dépendent (à la différence de l’allemand) du son qui suit : [x] devant [a], [o], [u] et une consonne, et [ç] devant [e], [i] et la semi-voyelle [j]. Dans la méthode historique de Jean-Loup Chérel et H. Ioannidi, Le grec sans peine (Grec moderne), pages XII et XIII, et dans la version suivante, Le nouveau grec sans peine, basée sur la première et révisée par Katerina Kedra-Blayo, page XV, la description est très impressionniste, à l’instar de ce qui se faisait il y a 50 ans et plus : « Le χ dur se prononce comme le ch guttural allemand : Bach, Achtung ; pour le prononcer, amorcez une sorte de raclement de gorge : rrhh. Le χ dur sera représenté phonétiquement par cH. Devant les sons i et è, χ devient doux : Ich allemand ; pour le former, les deux bords de la langue collent aux dents et l’on émet le son ch, le résultat est le son χ doux, représenté phonétiquement par çh. » Nous savons au moins d’où provient ce « raclement de gorge » que nous avons si souvent rencontré. Cela dit, ce qui était compréhensible et excusable dans un passé maintenant assez lointain l’est quand même beaucoup moins aujourd’hui et aurait grand besoin d’être révisé… La dernière méthode, Le grec, par Jean-Pierre Guglielmi, nous donne page XII les explications suivantes : « soit r guttural, au fond de la gorge [KH], soit comme un ch avec le dos de la langue touchant le palais, un son intermédiaire entre le ch et le y français [ÇH] devant les sons [i] et [è] ». Eh bien, pour terminer sur une note plus positive, il me semble que ces deux dernières descriptions ne sont pas si mauvaises que ça, en particulier celle du son [ç] qui est la seule à faire le rapprochement avec « le y français » ([j] en API), quand on sait que [ç] est bien phonétiquement la version sourde de [j]. Cela n’est guère surprenant, venant d’un auteur dont les autres contributions pour Assimil (grec ancien, égyptien hiéroglyphique, guides de conversation grec moderne et italien) se signalent par leur haute qualité.

Souhaitons donc, en conclusion de ce très long message, qu’un effort soit fait à l’avenir pour que la phonétique des nombreuses langues enseignées par Assimil ne soit plus reléguée à un rang subalterne, mais qu’elle trouve dans chaque méthode toute la place qui doit légitimement lui revenir et qu’elle soit traitée d’une façon cohérente et plus moderne dans l’ensemble des publications de la marque.

Bonne fin de soirée,
Michel.

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