Non, la langue des signes
n’est pas universelle

Publié le 20/05/2016 par Assimil
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SASL-Fingerspelled-Alphabet

Lange des signes sud-africaine. Isaac Mohlamme [CC BY-SA 3.0 (http://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0)], via Wikimedia Commons

C’est une idée reçue qui a la peau dure mais qu’il faut combattre : contrairement à ce que beaucoup pensent, la langue des signes n’est pas universelle. De la même façon qu’il n’existe pas une langue parlée unique au monde entier, plusieurs langues des signes se sont développées et ont évolué selon les pays, les régions, etc.

La langue des signes n’est pas universelle

Très logiquement et comme n’importe quelle autre moyen d’expression, la langue des signes varie en fonction des époques, des pays, mais aussi des régions.

La langue des signes, une langue à part entière

La langue des signes fait l’objet de nombreuses idées reçues, comme par exemple le fait qu’elle soit une adaptation littérale d’une langue parlée. Ce n’est pas le cas. La langue des signes est une langue à part entière.

Elle possède sa propre grammaire, sa propre syntaxe et sa propre logique. Elle peut bien sûr emprunter des mots à une autre langue, de la même manière que le français a emprunté des mots à l’anglais par exemple.

Il n’existe pas une, mais des langues des signes. C’est la raison pour laquelle, lorsque l’on parle du langage utilisé par les sourds et malentendants dans le monde de manière générale, on devrait parler des langues des signes et non d’une seule.

Des langues naturelles

Les langues des signes sont des langues naturelles. C’est-à-dire qu’elles se sont construites au fil du temps et ont évolué avec les époques, au même titre que le français ou le russe par exemple.

Les langues des signes ne sont pas des langues construites, des langues élaborées volontairement par les hommes dans un but précis (comme l’Esperanto ou encore le langage informatique). Une langue des signes internationale a été mise au point, le gestuno, pour mettre en place une langue des signes universelle, mais au même titre que l’Esperanto, elle n’a connu qu’un succès relatif.

De nos jours, une personne naissant sourde ou avec un trouble de l’audition va apprendre la langue des signes de son pays dès sa naissance. Elle va également apprendre la langue parlée du pays dans lequel elle vit pour être en mesure de lire, écrire et communiquer avec les autres habitants. Beaucoup de pays reconnaissent légalement la langue des signes utilisée sur leur territoire. En France, cette reconnaissance est arrivée en 2005.

Mais rares sont les gouvernements ayant fait de la langue des signes une langue officielle ; on peut citer la Nouvelle-Zélande en 2006 et la Papouasie Nouvelle-Guinée en 2015

Le pluralisme des langues des signes

On recense dans le monde 121 langues des signes différentes. Certaines présentent de nombreuses similarités, d’autres sont très différentes.

De la même manière que le français, l’italien ou encore l’espagnol vont avoir des mots similaires puisqu’ils sont construits sur la même base latine, certaines langues des signes vont se ressembler.

Par exemple, une personne signant avec la langue des signes américaine (LSA) va avoir des difficultés à comprendre une personne signant en langue des signes britanniques. Pour une personne entendante, l’anglais de ces deux pays est très proche, mais les langues des signes pratiquées sont très différentes.

Par contre, la LSA s’est développée à partir de la langue des signes française. Des personnes signant dans ces deux langues peuvent être en mesure de se comprendre plus facilement.

La syntaxe peut donc grandement varier d’une langue des signes à l’autre ; de même que la dactylologie (l’alphabet dans la langue des signes qui permet d’épeler un mot si nécessaire). En LSF, la dactylologie est signée à une main, tandis que les deux mains sont requises dans la LSA.

Les différentes langues de signes à travers le monde vont cependant présenter de nombreuses similitudes au niveau de la grammaire. En effet, du fait qu’il s’agit de langues visuelles, la construction des phrases va être proche. On notera également l’absence de conjugaison : la notion de temps étant précisée dans l’espace (le futur est devant soi, le passé est derrière, tandis que le présent est au niveau du corps).

Langues des signes : des accents en fonction des régions

De même qu’il existe des diversités régionales au sein d’une même langue parlée, il existe des variations dans une même langue des signes.

Il existe notamment des accents dans la manière de signer une même langue des signes.

Comme l’explique, Erin Wilkinson, linguiste à l’université de Manitoba au Canada, ces accents sont transmis de différentes manières :

  • L’accent des entendants : une personne entendante, qui a appris la langue des signes comme deuxième langue, ne signe pas exactement de la même façon qu’une personne sourde ou malentendante dont il s’agit de la langue maternelle ;
  • Les variations phonologiques : chacun a sa manière de signer, certaines personnes vont placer leurs mains plus hauts que d’autres par exemple, ou certains auront des gestes souples ou d’autres plus saccadés. Par exemple, les habitants du sud de la France auraient tendance à signer de manière plus « larges » que ceux du Nord ;
  • Les variations régionales : certains mots ou expressions sont propres à certaines régions.

Il existe même des dialectes dans certaines langues des signes. Par exemple, en France, il existe la langue des signes de Marseille, qui est signée dans la cité phocéenne, Toulon, La Ciotat ou encore Salon-de-Provence. C’est également ce dialecte qui est enseigné au Togo, dans l’unique école enseignant la langue des signes dans le pays. Les spécialistes de la langue des signes française évoquent également un dialecte à Nancy et un autre à Chambéry par exemple.

Ces distinctions rencontrées dans telle ou telle région n’empêchent pas la compréhension entre les personnes. Mais elles peuvent interloquer une personne non-avertie, tout comme une personne entendante se rendant dans le Nord de la France pour la 1ère fois pourrait être surprise en entendant « On se rappelle et on se dit quoi ». Les particularités de chaque région contribuent à la richesse de la langue française ; il en est de même pour la langue des signes.

Yves Delorme, directeur de recherches au CNRS, distingue ainsi les signes parisiens développés dans le prestigieux institut Saint-Jacques de la capitale, qui constituent la norme de la LSF, la langue officielle et reconnue, et des signes et codes de langages qui peuvent se développer indépendamment dans chaque région. Le chercheur évoque même l’apparition de faux-amis entre les signes parisiens et les signes provinciaux.

Les langues des signes sont donc des langues à part entière. Elles ont été mises en place pour permettre aux sourds et malentendants de communiquer entre eux, puis elles se sont institutionnalisées pour élargir le cercle de communication aux entendants. Elles ont ensuite évolué en fonction de chaque communauté au sein de laquelle elles sont utilisées.

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