La langue des signes :
quels sont les grands principes ?

Publié le 18/05/2016 par Assimil
3 commentaires
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CC BY 4.0 (http://creativecommons.org/licenses/by/4.0), via Wikimedia Commons

La langue des signes est un système de communication mis en place par les sourds et les malentendants pour communiquer entre eux, mais aussi avec le monde des entendants. Il s’agit d’un langage visuel qui fonctionne comme une langue à part entière, avec son alphabet, son lexique et sa syntaxe.

Histoire de la langue des signes française

En France, les sourds et malentendants utilisent la Langue des signes Française (LSF) pour communiquer. Cette langue est signée par plus de 100 000 personnes dans l’Hexagone et environ 169 000 dans le monde.

Pendant longtemps, les personnes atteintes de surdité ont été considérées comme des simples d’esprit. Il faudra attendre 1760, lorsque l’abbé Charles Michel de l’Épée observant deux sœurs jumelles sourdes communiquer grâce à des signes, pour que ce mode de communication s’institutionnalise et soit enseigné. Le prêtre apprend le langage des signes grâce à ses élèves et fonde un établissement aujourd’hui connu sous le nom d’Institut National des Jeunes Sourds à Paris : une véritable école pour les enfants atteint de surdité.

Cependant, la langue des signes est officiellement abandonnée à partir du congrès de Milan en 1880 en faveur d’un enseignement oral, basé sur la lecture labiale entre autres.

Toutefois, la LSF ne se perd pas et les sourds et malentendants continuent de l’utiliser entre eux.

L’interdiction de la LSF durera un siècle. La loi Fabius, votée en 1991 reconnaîtra enfin la langue des signes comme une langue à part entière qui peut être enseignée.

Un alphabet, des mots et des signes

Le B-A-BA de la langue des signes française

La langue des signes possède un alphabet dactylologique. Chaque lettre de l’alphabet latin que nous utilisons à l’écrit possède une retranscription signée.

Certains symboles sont d’ailleurs assez proches de leur forme écrite comme le H ou encore le O, le L et le V.

Cet alphabet est utilisé lorsqu’un mot ne peut pas être désigné par un signe propre ou encore lorsque l’un des deux interlocuteurs ne comprend pas la signification d’un signe. Il est alors épelé. Beaucoup de noms propres (villes, pays, identité de personnes) sont souvent signés avec l’alphabet dactylologique dans un premier temps, avant qu’un symbole plus parlant ne soit trouvé pour le désigner.

Un lexique qui évolue sans cesse

La LSF possède un lexique de signes permettant d’exprimer des mots. Il existe 4 sortes de signes :

  • Les signes iconiques qui expriment un mot de façon mimétique. Par exemple, « manger » est signé en portant les doigts près de sa bouche. Un geste compréhensible même par les personnes entendantes ;
  • Les signes inspirés du français. Les gestes utilisés pour exprimer certains mots ne miment pas systématiquement l’action ou le nom. Mais ils intègrent la dactylologie de la 1re lettre de ce mot. Par exemple, les mots « vrai » et « vacances » sont exprimés par un mouvement spécifique du bras tandis que l’index et le majeur sont tendus, formant le V de la LSF ;
  • Des signes inventés : un symbole est créé pour désigner une nouvelle personne dans un groupe, un concept, un lieu… en se basant sur une caractéristique qui lui est propre. Par exemple, le réseau social Facebook est exprimé en portant les mains de chaque côté de son visage reprenant l’idée de la photo du profil ;
  • L’usage de l’alphabet dactylologique.

Le lexique de la langue des signes est en perpétuelle expansion et s’adapte aux nouvelles modes, aux nouvelles tendances et concepts qui se créent. De nouveaux signes sont donc développés pour exprimer ces notions plus facilement dans une conversation.

La syntaxe de la LSF

La LSF étant une langue à part entière, elle possède sa propre syntaxe, sa propre grammaire et n’est pas une traduction pure et simple du langage parlé français.

L’ordre des mots est donc différent entre le langage signé et le langage parlé.

Le Français se base sur la structure suivante : Sujet + Verbe + Complément.

En tant que langage visuel, la LSF nécessite de planter le décor de la conversation plus rapidement. La structure des phrases est donc la suivante : Temps + Lieu + Sujet + Action.

L’utilisation de l’espace dans la langue des signes

La représentation du temps dans l’espace

La Langue des signes française ne possède pas de conjugaison. Comment représenter le temps dans ces conditions ? Comment parler de ses projets à venir ou de ses dernières vacances ?

Le locuteur positionne son récit dans l’espace. La ligne du temps est perpendiculaire par rapport à son corps. Le passé est dans son dos, le présent au niveau de son corps et le futur est devant lui.

L’importance de l’expression corporelle

5 paramètres corporels sont utilisés pour communiquer dans la langue des signes :

  • Les doigts : la différence entre le V et le X, par exemple, tient dans la position des doigts repliés pour le X ;
  • Les mains : à plat, paume sur le dessus ou face au sol, en forme de poing… ;
  • Les mouvements : faire tourner la main, bouger les doigts ;
  • L’emplacement : comme dit plus haut, l’espace devant et derrière le locuteur sert à exprimer le temps ;
  • Les expressions du visage. Des mouvements de sourcils, des yeux ou encore de la bouche vont être importants pour exprimer des notions : interrogation, sentiments, intensité… Une expression du visage permettra même, dans certains cas, de faire la différence entre deux mots signés de la même façon.

Tous ces éléments permettent donc de comprendre pourquoi il est important de se positionner bien en face de son interlocuteur lorsque l’on s’exprime avec la langue des signes. Le simple fait de détourner la tête peut faire manquer de nombreuses subtilités de la conversation à la personne avec qui vous communiquez.

De plus, comme toute langue, la LSF connaît des fluctuations, en fonction des régions et pays dans laquelle elle est signée. Certains mots ou expressions propres à une région ne seront signés que localement. Ils existeraient ainsi certains dialectes comme la langue des signes de Marseille ou encore de Nancy.

Commentaires

Par Michel BELLON le 09/05/16 à 15h19

Bonjour,

Cet article vient à point nommé pour rappeler que certains ici ont déjà formulé le souhait qu’une méthode de LSF soit publiée par Assimil.
Ce serait vraiment une très bonne chose.
J’imagine que le support devrait être différent de celui des autres cours, avec un manuel d’un format au minimum identique à celui des cahiers d’exercices ou d’écriture, pour tenir compte de la représentation dessinée ou photographiée des éléments constitutifs de la langue. Et au lieu d’enregistrements, il faudrait sans doute des vidéos, disponibles en ligne ou sur une clé USB.

Une remarque aussi concernant la syntaxe de la LSF et des langues de signes en général, car ce qui est dit l’est de façon trop simplifiée et par conséquent pas très exacte.
Pour établir une typologie syntactique des langues, on utilise bien une structure fondamentale de phrase simple contenant un sujet (S), un verbe (V) et un complément ou, pour reprendre le terme plutôt utilisé en linguistique dans ce cas, un objet (O). Cela permet, avec les différentes permutations possibles, de répartir toutes les langues en 6 catégories, dont la plus courante est d’ailleurs SOV (« Les enfants la télévision regardent »), alors que l’ordre SVO n’occupe que la deuxième place.
Mais de nombreuses langues ont en réalité des typologies mixtes. Ainsi, en français, nous appliquons bien le schéma SVO dans les phrases simples comme « Le professeur interroge les élèves ». Mais si le complément est un pronom, l’ordre devient justement SOV : « Le professeur les interroge » (et pas * »Le professeur interroge les »). De tels cas sont très fréquents et empêchent d’affirmer que le français est une langue strictement SVO.
En ce qui concerne la LSF maintenant, l’exemple choisi pour mettre en avant ses particularités n’est pas très bon, puisqu’il fait intervenir d’autres éléments que S, V et O, à savoir le temps (T) et le lieu (L), mais qu’il ne dit rien de l’objet, direct ou indirect, qui est en général lié à l’action (= verbe, ou V). Donc, on compare ce qui n’est pas vraiment comparable.
Mais on note surtout que la structure indiquée comme caractéristique de la LSF, soit TLSV, est tout à fait identique à celle que l’on peut trouver en français et dans nombre d’autres langues dès lors qu’une phrase est composée de ces 4 éléments. Par exemple :
Le lundi matin (T) au bureau (L) les employés (S) somnolent (V).
Et qu’en est-il quand dans une telle phrase on rajouterait au verbe un objet ? Par exemple :
« Le soir du 31 décembre (T) sur la Place du Capitole (L) la foule (S) célèbre (V) la fin de l’année (O) ».

Comme on peut le comprendre, c’est à d’autres niveaux que ceux qui sont mentionnés dans cet article que les vraies particularités syntactiques des langues signées se manifestent.

Bon après-midi,
Michel.

Par Eric le 09/05/16 à 16h04

Bonjour,

Cet article est très intéressant! Pour ma part, je suis convaincu qu’un jour il y aura une méthode Assimil LSF voire même une méthode BSL pour LSF! L’équipe Assimil nous a toujours réservé de belles surprises.

Par annick le 10/06/16 à 17h55

Bonjour je suis étudiante en lsf merci pour vos informations jj’aimerai savoir plus sur la lsf

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