Le roumain, Ionesco
et la méthode Assimil :
entretien avec Vincent Ilutiu

Publié le 14/04/2014 par Éditions Assimil
40 commentaires


Entretien avec Vincent Ilutiu, auteur de la toute nouvelle édition du roumain dans la collection Sans peine, en version papier mais aussi en version numérique.Il était grand temps de publier une nouvelle édition du roumain, la précédente étant parue en 1989, année de la révolution en Roumanie. Vincent Ilutiu signe cette édition entièrement renouvelée et évoque pour nous les évolutions de la société et de la langue roumaines.

1. Pourquoi une toute nouvelle édition du roumain ?
Vincent Ilutiu : Le hasard faisant bien les choses, le premier Assimil roumain sortait des presses au moment précis où la Roumanie se trouvait au centre de l’actualité internationale ; la révolution de décembre 1989, avec ses convulsions et ses victimes,   marquait la fin du régime communiste et la transition vers la démocratie parlementaire. Cet événement, largement couvert par les médias du monde entier, a marqué les esprits de l’époque et a suscité une énorme vague de sympathie pour la Roumanie. A cette occasion, la France a eu la surprise de redécouvrir à l’autre bout de l’Europe un peuple latin et francophone (d’ailleurs, par tradition, la Roumanie a toujours considéré la France comme une sorte de « sœur aînée ».) Et surtout, il était évident que l’usage du français n’était pas réservé à une élite intellectuelle volontairement  « mondialisée », car même les gens de la rue s’exprimaient avec une certaine aisance devant les journalistes des médias français. Dans un remarquable élan de solidarité, la France – hommes politiques et associations confondus – se mobilisaient en faveur de la Roumanie, avec toutes sortes d’aides. Et parallèlement, en France, les études de roumain connaissaient un explicable regain d’intérêt. Le terrain favorable était tout à fait trouvé, prêt pour l’apparition du Roumain sans peine… La révolution de 1989 a été vite suivie d’interventions officielles dans le domaine linguistique, surtout en ce qui concerne l’orthographe de certains mots ; l’idée générale – contestée par certains – était d’éliminer de la langue les changements intervenus à l’époque communiste, pour revenir à la situation d’avant la deuxième guerre mondiale. Les nouvelles normes orthographiques, bien que théoriquement obligatoires, ne sont pourtant pas respectées par tout le monde. En réalité, elles ne changent pas grand-chose, les modifications imposées étant relativement mineures ; c’est peut-être là une des explications de la légèreté avec laquelle certains Roumains traitent les décisions de l’Académie… Une nouvelle version du Roumain sans peine s’imposait pourtant, d’autant plus qu’Assimil avait entre temps adopté de nouvelles normes pour les dialogues qui ont fait le succès non-démenti de la méthode, depuis des décennies. Et enfin, il  fallait tenir compte de l’évolution du roumain ces dernières années, avec l’introduction dans la langue de nombreux termes d’actualité, comme par exemple ceux qui touchent à l’informatique et à la communication en général.

 

2. A quels publics s’adresse la nouvelle méthode ?
V.I. : Je dirais  que le Roumain sans peine est tout public, car il est adapté à toutes les catégories d’apprenants, sans demander des connaissances linguistiques préalables. Tous les amateurs du roumain peuvent y trouver leur bonheur, du touriste qui veut avoir quelques idées de la langue parlée au pays où  il veut passer ses vacances jusqu’au chef d’entreprise qui cherche à investir en Roumanie – pour ne rien dire des étudiants français qui apprennent le roumain dans les universités françaises où de l’espace francophone. Les linguistes qui veulent avoir sous la main un bref aperçu de cette langue néo latine bien individualisée par rapport à toutes les autres de la même famille auraient aussi intérêt à le feuilleter… L’humour qui est l’une des caractéristiques de la méthode Assimil n’exclut pas dans ce cas le traitement parfois très approfondi des phénomènes de langue et de civilisation…

3. Est-ce que les français qui travaillent en Roumanie font l’effort d’apprendre le roumain ?
V.I. : Il y a de plus en plus de Français qui travaillent en Roumanie, profitant des opportunités offertes par la croissance économique. On estime  leur nombre à  quelques milliers de personnes, y compris des jeunes qui s’installent pour lancer leur propre affaire… des boulangeries jusqu’aux librairies françaises ! Et il ne faut pas oublier la franco-roumaine Dacia,  fruit d’une collaboration dans le domaine de l’automobile qui remonte aux années 60 du siècle dernier… Certes, les Français trouvent sur place suffisamment de Roumains qui parlent français pour se débrouiller dès leur arrivée, mais ils apprennent assez facilement la langue du pays. Des cours de langue pour les étrangers sont organisés dans plusieurs centres universitaires, mais  on ne soulignera jamais assez l’importance des contacts personnels ; les Roumains se lient facilement d’amitié, et les étrangers peuvent en profiter pour parfaire leurs connaissances de roumain…

4. Chaque langue dit une façon de voir le monde. Quelles sont à ton avis les subtilités que la langue roumaine permet d’exprimer, davantage ou autrement que les autres idiomes ?
V.I. : Après la disparition du dalmate, à la fin du XIXe siècle, le roumain reste le dernier héritier de la latinité orientale. Son originalité est assurée par la présence dans son vocabulaire de mots d’origine slave, inconnus dans les autres langues romanes, qui ont dans leur lexique une forte présence des mots d’origine germanique. Assez souvent, un terme d’origine slave a un équivalent latin (hérité ou introduit plus tard dans la langue) ; parfois, par rapport au mot latin, le mot slave a un parfum archaïque, d’où son emploi dans la poésie, genre littéraire encore très apprécie. Il ne faut pas négliger le fait que les Roumains se considèrent un peuple né pour la poésie : parmi les images de soi largement acceptées par l’opinion figure l’adage « le Roumain est né poète ». Par ailleurs, le roumain conserve des éléments latins archaïques, qui n’existent pas dans les autres langues romanes. Précisons que dans la famille des langues dont il fait partie, le roumain ressemble plus à l’italien, à l’espagnol ou au portugais qu’au français, ce qui ne doit pourtant pas décourager les francophones…

5. Est-ce que la langue roumaine est très poreuse aux emprunts étrangers, et notamment à l’anglais ?
V.I. : Le roumain est très perméable aux influences étrangères, ce qui peut être en même temps une force et une faiblesse – tout dépend du point de vue où on se place. L’influence française a été très  importante tout le long du XIXe siècle, quand le roumain s’est littéralement „re-latinisé” par l’intermédiaire du français. Les mots d’origine française, dûment intégrés, assimilés et parfaitement „roumanisés” avec le temps ne sont plus perçus comme des emprunts étrangers. Il s’agit bien sûr de termes scientifiques, de notions tenant de la vie moderne, mais aussi de mots de tous les jours, dont les Roumains ont depuis longtemps oublié l’origine française. Actuellement, comme un peu partout dans le monde, et pour les mêmes raisons, la principale influence étrangère est celle de l’anglo-américain, en sa qualité de langue internationale, permettant l’accès direct au monde globalisé. Mais les Roumains ne le vivent pas mal, à la différence des Français…

6. Assimil a 85 ans d’existence cette année. Il y a un personnage français et roumain important dans l’histoire de la marque : Eugène Ionesco. Qu’est-ce que cela représente pour toi, ce lien entre la méthode Assimil (qui a inspiré les dialogues de la Cantatrice chauve) et Ionesco ?
V.I. : Sans le vouloir, Assimil s’est assuré une place importante dans l’histoire de la littérature française… En effet, l’écrivain  roumano-français Eugen Ionescu/Eugène Ionesco, établi définitivement à Paris  en 1938, a heureusement choisi la méthode Assimil pour apprendre l’anglais. En l’étudiant, il a eu la  révélation du fonctionnement comique et absurde du langage; il s’est largement inspiré des dialogues entre les personnages des leçons pour écrire, en roumain, un texte intitulé „Englezește fără profesor », ‘L’anglais sans professeur ». Il faut dire qu’en roumain des méthodes d’apprentissage d’une langue étrangère type Assimil sont connues comme des méthodes « sans professeur », on évite de promettre à l’apprenant qu’il va apprendre « sans peine »… Le texte roumain a été plus tard repris en français, avec des changements, ce qui a finalement donné l’ «anti-pièce » « La cantatrice chauve », ancêtre du théâtre de l’absurde. Vérités fondamentales et banalités de la vie quotidienne y forment un mélange saisissant de comédie apparente et de tragédie implicite.

Affiche de La cantatrice Chauve (Eugène Ionesco) aux Noctambules

Affiche originale de la pièce La cantatrice chauve d’Eugène Ionesco (1950)

7. Quelles chanteurs roumains et quels auteurs conseillerais-tu pour ceux qui veulent aller plus loin ?
V.I. Il y a quelques années, la chanson du groupe moldave O-Zone „Dragostea din tei” était devenu un tube international. Mais beaucoup de Roumains préfèrent maintenant chanter en anglais, en rêvant d’une carrière  internationale, ce qui semble réussir à des chanteuses comme Inna et Alexandra Stan, et elles ne sont pas les seules… Pour ceux qui ont des goûts plus classiques, et qui veulent écouter des chanteurs en VO, je conseillerais Maria Tanase, une sorte d’Edith Piaf roumaine.

La vie musicale actuelle est riche en Roumanie, avec des chanteurs qui représentent tous les genres, mais pour les écouter il faut chercher sur Internet une radio roumaine… Sinon, quand il s’agit de musique en général, et du succès international, on ne peut pas oublier le violoniste et compositeur George Enescu/Georges Enesco, le chef d’orchestre Sergiu Celibidache, la soprano Angela Gheorghiu, le spécialiste de la flûte de Pan Gheorghe Zamfir…

Dans la littérature, on peut citer des noms comme Mihai Eminescu, poète romantique considéré comme poète national, les écrivains Panait Istrati, Marthe Bibesco, Anna de Noailles, Tristan Tzara, Paul Celan, Benjamin Fondane, Emil Cioran, Mircea Eliade, Virgil Constantin Gheorghiu; certains de ces auteurs ont fait une grande partie de leur carrière littéraire en France.  Le sculpteur Constantin Brâncuși/Brancusi, le peintre Victor Brauner et la comedienne Elvira Popescu/Elvire Popesco complètent ce succinct tableau des Roumains qui ont su s’imposer à l’étranger.

8. Quelle est ton expression idiomatique préférée en roumain ?
V.I. S’il s’agit de choisir  une expression idiomatique, je préfère aller au plus simple : ce serait „Mulțumesc”, équivalent roumain du français „Merci”, littéralement „Je (te/vous) remercie”. Les spécialistes nous expliquent que l’origine de ce vocable est l’expression „La mulți  ani”, autre manière de dire „Longue vie”, littéralement „A beaucoup d’années”, formule qui existe avec le même sens en grec et en latin. J’aime bien l’idée, et je ne vois comment on pourrait mieux remercier quelqu’un autrement qu’en lui souhaitant une longue vie…

Commentaires

Par Michel BELLON le 14/04/14 à 16h17

Bonjour,

Merci pour cette réédition dont j’ai découvert l’existence samedi dans la section « Nouveautés » du site d’Assimil. Je n’ai pas encore eu le temps d’acheter le coffret, mais à la simple vue des 3 leçons-test, on se rend compte qu’il s’agit presque d’une nouvelle méthode, ce que confirme d’ailleurs en partie l’auteur dans l’entretien ci-dessus.
Encore une surprise, donc !

Michel.

Par Mohamed Walid Grine le 14/04/14 à 20h38

Une très bonne méthode grâce à laquelle j’ai pu apprendre le roumain il y a à peu près 5 ans de ça. Mille merci M. Vincent Ilutiu . Vous êtes un très bon prof et pédagogue.

Par Claude Laporte le 15/04/14 à 19h41

J’ai appris le roumain en 2000-2001 grâce à la précédente méthode de M. Ilutiu. J’ai depuis toujours utilisé le roumain appris grâce à Assimil, y compris dans ma vie professionnelle (et oui, même en Europe occidentale, cette langue peut être « utile »).
Je suis moins optimiste que M. Ilutiu sur la survie de la langue française en Roumanie, mais passons…
Je me suis bien entendu empressé de me procurer la nouvelle édition de la méthode de M. Ilutiu. J’ai constaté qu’il avait conservé l’essentiel, mais procédé aux retouches rendues nécessaires par la réforme de l’orthographe par l’Académie roumaine en 1993 et par les changements considérables survenus au cours des vingt dernières années dans la vie quotidienne en Roumanie, changements qui ont eu une influence sur la langue.

Par bernard Auvity le 03/05/14 à 14h33

Bonjour,
Grand Merci à M. Vincent Ilutiu et à ASSIMIL pour cette nouvelle version retravaillée, avec beaucoup de textes et d’explications nouvelles.

Une requête: je serais très intéressé par la création d’une version « niveau avancé » comme c’est le cas pour de nombreuses autres langues chez ASSIMIL

Bernard
Avec gratitude

Par Chris Keller-Kostakiotis le 04/05/14 à 17h59

Bună ziua !

Je débute dans l’étude de la langue roumaine, et je cherche à savoir précisément en quoi consiste la réforme de l’orthographe du roumain,
hormis pour le verbe « être »: je suis = sunt (au lieu de sînt).

Je n’ai pas trouvé d’articles sur internet qui traite ce sujet et qui décrit clairement les changements d’orthographe avant et après la réforme.
Pour l’instant je n’ai que les deux méthodes ASSIMIL; celle de 1989 et celle de 2014 avec les deux orthographes; mais ce n’est pas toujours facile de comparer les deux versions de langue quand on débute !…

Est-ce quelqu’un sur ce blog connait suffisamment cette langue pour m’éclairer sur ce sujet ?

Ou peut-être l’auteur, M. Vincent Iluțiu, peut répondre à cette question et m’indiquer un lien…

Mulțumesc

Par Michel Bellon le 05/05/14 à 0h23

Bonsoir Chris,

J’ai appris le roumain à l’université, il y a une quarantaine d’années, dans le cadre de mes études de slavistique. Cette langue était en effet recommandée parce que, bien que clairement romane, elle possède quelques traits qui la rapprochent des langues slaves voisines et de l’albanais, par exemple l’article postposé, comme en bulgare, en macédonien et en albanais, ou encore et surtout de nombreux emprunts lexicaux. Par ailleurs, la Roumanie faisant à l’époque partie du « bloc soviétique » (bien que moins liée à l’U.R.S.S. que les autres pays qui le constituaient), l’étude de sa langue était considérée comme un bon complément à la connaissance de cette partie de l’Europe.
Les manuels que nous utilisions venaient de Roumanie. Nous travaillions essentiellement avec le « Cours de langue roumaine », dont le coordinateur et principal rédacteur était Boris Cazacu. Soit dit en passant, il s’agit d’un excellent livre, conçu pour les étrangers, et plus particulièrement les francophones. Peut-être certains des participants de ce bloc-notes, notamment les Roumains s’il y en a parmi nous, connaissent-ils cet ouvrage.
J’ai donc étudié la langue avec l’orthographe qu’elle avait, en gros, pendant la période Ceaușescu, et j’ai vu les modifications introduites par la suite, qui ne sont pas très importantes. Il faut dire que le roumain a subi plusieurs changements plus profonds de son orthographe au cours de ses quelque 5 siècles d’existence en tant que langue écrite, le principal étant le passage de l’alphabet cyrillique au latin, avec une période de transition, au milieu du XIXe siècle, pendant laquelle existait un curieux mélange entre les deux systèmes.

Je ne parlerai donc pas de l’histoire de l’orthographe roumaine, parce que je ne la connais pas assez bien et que ce serait de toute façon beaucoup trop long. Mais si nous examinons l’orthographe de 1989, juste avant la chute de Ceaușescu, utilisée dans la première édition du « Roumain sans peine », et celle qui entre en vigueur à partir de 1993, utilisée dans « Le Roumain », nous constatons que la différence principale est la limitation de l’usage de la lettre î, remplacée dans de nombreux cas par â. Dans les formes du verbe « a fi » (être) que tu cites (1ère du singulier et 3ème du pluriel du présent de l’indicatif), on utilise u, pour se rapprocher de la prononciation.
Les lettres â et î représentent le même son, un « i guttural », prononcé non pas dans la partie antérieure de la cavité buccale, mais au contraire dans sa partie postérieure. Ce son est très proche de celui qui est noté par la lettre ы en russe, et и en ukrainien, ou encore par le ı (« i sans point ») du turc. L’API le représente à l’aide du symbole /i/ barré, que je ne peux malheureusement pas reproduire ici. Avant 1993, dans la plupart des mots roumains contenant un « i guttural », on utilisait la lettre î, sauf dans le nom du pays et ses dérivés, ainsi que dans certains noms de famille, dans lesquels on utilisait â : România, român, româncă, româneşte… À partir de 1993, les choses se compliquent un peu : partant du principe que le son « i guttural » provient souvent d’un a latin lorsqu’il est à l’intérieur des mots, on le représente par â. Ainsi, on écrit désormais a cânta (> cantare = chanter), mână (> manus = main), sfânt (> sanctus = saint) au lieu de a cînta, mînă, sfînt. En revanche, en début de mot, où « i guttural » provient souvent d’un i latin, ou dans l’infinitif d’une série de verbes du 4ème groupe, on continue à écrire î : în (= dans), între (= entre), îmi (= à moi), omorî (= tuer).
Bien entendu, cela n’est pas toujours vrai, ni dans un cas, ni dans l’autre, et les détracteurs de la nouvelle orthographe (il y en a aussi en Roumanie ! ;)) citent volontiers les incohérences que représentent des mots comme vânt (> vEntus = vent), ou à l’inverse înger (> Angelus = ange).

Mis à part ça, je ne vois pas d’autres changements, mais j’espère que des participants ayant une connaissance du roumain plus approfondie que la mienne pourront éventuellement me compléter ou me corriger.

Merci,
Michel.

Par Michel Bellon le 05/05/14 à 0h32

Chris,

Une petite remarque maintenant : tu as bien écrit « Bună ziua ! » en roumain au début de ton message. Par conséquent, il serait préférable d’accoler le point d’exclamation au mot « ziua ». En effet, le français est la seule langue dans laquelle une règle typographique particulière exige que les signes de ponctuation « doubles » (? ! : ; « —–« ) soient séparés du mot qui précède ! 🙂

Bonne soirée,
Michel.

Par Chris Keller-Kostakiotis le 05/05/14 à 19h37

Bonsoir Michel et merci pour toutes ces informations… 🙂

A titre indicatif (et sans faire de publicité), voici mon « artillerie lourde » bibliographique et audio que je possède pour apprendre le roumain:

– Les deux méthodes ASSIMIL (1989 et 2014)
– Le roumain de poche (ASSIMIL)
– Le roumain – mots et images / langue et civilisation (OPHRYS)
– « Teach Yourself Romanian » et « Colloquial Romanian »
– Comprendre et pratiquer le roumain (Gh. DOCA)
– Cours de langue roumaine (B.CAZACU – Edition 1978)
– Verbe românești (L. URICARU)
– Dictionnaire français/roumain et roumain/français (V. ILUȚIU)

,,,,,,, Et surtout, l’accès à la chaine de télévision roumaine TVR Internațional avec ma box ADSL…

Voilà, je pense être suffisamment bien « armé » pour m’assurer un bon apprentissage de cette langue !! 🙂

Par Michel Bellon le 05/05/14 à 22h06

Bonsoir Chris,

Tu me sembles effectivement bien armé pour un débutant !
Pour ma part, je possède tous les ouvrages que tu mentionnes, sauf les deux derniers. Par contre, j’en ai beaucoup d’autres, puisqu’il y a au total dans ma bibliothèque 37 titres au contenu purement linguistique (méthodes, grammaires, guides de conversation, dictionnaires…) consacrés à l’étude du roumain, dont certains sont en russe, en bulgare, en anglais et bien sûr en roumain.

À cela, j’ajouterai au moins une référence, assez récente, que tu pourrais essayer de te procurer :
Andreia ROMAN : Literatura română / Littérature roumaine, publié aux éditions Non Lieu en 4 volumes, entre 2010 et 2013.
Cet ouvrage est particulièrement précieux, parce qu’il est entièrement bilingue roumain – français (c’est l’un des rares disponibles, mis à part quelques recueils de contes publiés chez L’Harmattan et ceux mentionnés ci-dessous) et brosse un portrait complet de la littérature roumaine des origines à nos jours.

En ce qui concerne Gheorghe DOCA, as-tu bien les cinq livres de la série ? Il y en a en effet deux qui sont consacrés à l’étude de la langue, avec Alvaro ROCCHETTI comme co-auteur (manuel de base et recueil d’exercices), et trois qui sont des manuels de conversation (conversation courante, entièrement en roumain, plus deux titres publiés non pas en France comme les précédents, mais en Roumanie, entièrement bilingues roumain – français : Trente dialogues sur des thèmes de culture et de civilisation roumaines, et L’histoire des Roumains en dialogues bilingues).
Là encore, il s’agit d’une « somme ». L’aspect général est assez peu attractif, à l’image des livres publiés jadis en Europe de l’Est : papier de mauvaise qualité, mise en page touffue, pas d’illustrations, typographie inélégante… Mais il faut dépasser ces apparences pour découvrir un matériel pédagogique d’un très grand intérêt.

Bonne soirée,
Michel.

Par Chris Keller-Kostakiotis le 06/05/14 à 0h00

J’oubliais….

J’ai aussi un manuel d’apprentissage du roumain pour autodidactes écrit en grec:

¨Τα Ρουμανικά χωρίς δάσκαλο για Έλληνες σε 40 μαθήματα¨
¨Curs de limba română fără profesor cu 40 de lecții »

et aussi le « Parlons roumain » de chez L’Harmattan qui n’est pas une méthode de langue, mais qui donne des généralités sur la langue et la culture roumaine (comme tous les ouvrages de la collection « Parlons… »).

Par Chris Keller-Kostakiotis le 06/05/14 à 17h14

Finalement, j’ai trouvé toutes les explications que je cherchais concernant les nouvelles normes orthographiques du roumain;

Dans la nouvelle édition du roumain d’ASSIMIL, ce point est très bien expliqué dans le livre pages 465 et 466.

Foarte bine ! 🙂

Un grand merci-mulțumesc à M. Vincent Iluțiu pour cette excellente méthode de roumain qui est la suite logique de l’édition de 1989.

Par Monsieur Michele Bondesan (Italie) le 06/05/14 à 18h45

Merci à Michel et à Chris pour vos messages intéressants et motivants.
J’ai étudié le roumain avec la méthode de 1989, mais peut-être pas assez assidûment pour rejoindre un niveau élevé. Je peux lire le roumain sans problèmes mais pas l’utiliser activement. Donc il me faudra m’y remettre, peut-être l’année prochaine avec cette nouvelle méthode!

Par Michel Bellon le 07/05/14 à 22h40

Bonsoir Chris,

Effectivement, comme je n’ai pas parcouru en détail la nouvelle édition de la méthode, je n’avais pas vu que l’auteur indiquait lui-même dans la leçon 91 les différences orthographiques introduites par la réforme de 1993.
Tu peux donc constater qu’elles sont très limitées.
Tu as vu aussi que les formes de « a fi » dans lesquelles l’ancien î est remplacées par u sont toutes celles du présent, et pas seulement la 1ère du singulier / 3ème du pluriel. C’est vrai que les quatre formes concernées sont données dès la première semaine d’étude.
Je n’avais pas mentionné « niciun, nicio » car je ne me souvenais plus de ce changement ! 🙂

Bonne soirée,
Michel.

Par Chris Keller-Kostakiotis le 08/05/14 à 0h39

Bonsoir,

Effectivement, les changements orthographiques du roumain induits par la réforme de 1993 sont très limités; c’est essentiellement le remplacement de î par â , et d’après l’auteur de la méthode ASSIMIL; cette nouvelle orthographe semble ne pas être suivie à la lettre par tous les roumains !…

Finalement, parmi tous les manuels de roumain que je possède; seuls la nouvelle version ASSIMIL de 2014, le « Teach Yourself Romanian » de 2003 (éditions. Hodder) et la nouvelle édition 2012 du « Colloquial Romanian » (éditions. Routledge) utilisent cette nouvelle orthographe;
alors que les autres ouvrages ont été publiés à l’époque de la Republica Socialistă România avec l’orthographe en vigueur pendent cette période « dure » de l’histoire roumaine…

Cela ne devrait pas me poser de problème pour mon apprentissage…

Comme l’a mentionné Michel, le livre « cours de langue roumaine » de B. CAZACU (Editura didactică și pedagogică – București – 1978) est effectivement une excellente méthode classique de référence pour apprendre le roumain en parallèle avec les autres méthodes citées ci-dessus.

J’insiste aussi sur le fait qu’avoir accès à des chaines de télévision roumaines et/ou radios via internet ou via la TV ADSL sont une aide précieuse pour s’imprégner de la langue en plus du matériel audio fourni par les méthodes d’apprentissage (argument évidemment valable pour n’importe quelle langue !!)

🙂

Par jean le 24/06/14 à 12h03

Bonjour,

Je viens d’acquérir ce livre, (pour un besoin amoureux 😉 ).
Je pars de zéro,et je n’ai jamais été très bon à l’oral en anglais ni en espagnol.
Pour tester ma prononciation, j’utilise le logiciel iTranslate sur iPhone : je parle en Roumain et le logiciel écrit en Roumain et traduit en Français ce que j’ai prononcé.
J’ai déjà un problème pour prononcer â et ă. Par exemple, impossible pour moi de prononcer mână correctement.
Y a t’il une astuce pour y arriver, du genre « serrer les dents, replier la langue au palais…
Merci de votre aide !
Jean

    Par Éditions Assimil le 26/06/14 à 16h26

    Bonjour, nous allons transmettre à l’auteur, qui vous répondra sans doute ! Bon courage.

Par Michel Bellon le 26/06/14 à 23h47

Bonsoir Jean,

Avant que tu reçoives la réponse de Vincent Iluţiu, je peux te donner les « astuces » qui nous étaient indiquées il y a une quarantaine d’années par mon professeur de roumain à l’université de Toulouse :
– pour le ă, tu ne dois avoir a priori aucun problème si tu le prononces comme un -e final français « à la marseillaise », c’est-à-dire en faisant entendre ce son qui en français standard est muet. Tu peux aussi imaginer que tu prononces la voyelle qu’il y a en français dans « je, te, le, de… », ou bien celle qui s’écrit « eu » dans un grand nombre de mots (fleur, jeune, seul…).
– pour le â ou î, c’est un petit peu plus difficile, car il n’y a pas de véritable équivalent en français. Mais tu peux arriver à quelque chose d’assez proche, que les roumanophones identifieront facilement, en essayant de prononcer un « u » français, sans cependant arrondir les lèvres, mais au contraire en les étirant, comme lorsqu’on prononce « i ».

Il existe d’autres méthodes pour améliorer sa prononciation d’une langue étrangère.
Par exemple, tu peux chercher une description articulatoire des sons difficiles et t’efforcer de placer les différents organes qui participent à leur émission dans la position indiquée. Tu ressentiras ainsi sur toi-même l’effet physique produit, et si le résultat acoustique n’est pas bon, tu pourras essayer de déplacer ces organes jusqu’à ce que tu arrives à une prononciation satisfaisante.
À l’inverse, tu peux ne pas penser à la « technique » et, après avoir réécouté attentivement les enregistrements, t’efforcer de répéter spontanément les sons qui te posent un problème en te concentrant sur le seul effet acoustique. À la longue, tu pourras sans doute reproduire ces sons instinctivement. C’est d’ailleurs ainsi (mais de façon inconsciente) que les enfants apprennent la prononciation leur langue maternelle : après des semaines ou des mois de difficultés et d’erreurs, qui amusent et attendrissent leur entourage, ils finissent par prononcer à la perfection tous les sons sans même y réfléchir.

Bonne chance dans l’étude du roumain ! Mult noroc!
Michel.

Par Marianne le 27/06/14 à 10h36

J’aurais voulu savoir si il existe un moyen d’avoir les leçons écrites en version numérique? Mon mari a de gros problèmes de vue et il ne peut pas lire la version papier, il est donc très frustré car je dois lui expliquer à chaque fois comment s’écrit le mot, et pour la compréhension des dialogues c’est très difficile, dans un premier temps, sans support visuel.
J’ai l’impression que sur la boite on voit l’utilisation sur tablette mais je ne suis pas sure, je ne le trouve nul part.

Merci d’avance. et Merci pour cette méthode très efficace.

    Par Éditions Assimil le 27/06/14 à 11h12

    Bonjour Marianne, hélas ce n’est pas possible pour le moment. Nous sommes en train de travailler à l’adaptation des méthodes pour tablettes donc a priori cette fonctionnalité sera possible. c’est déjà le cas pour nos guides de conversation numériques : http://fr.assimil.com/ebooks

Par Renaud le 02/09/14 à 14h00

J’ai étudié le roumain avec la méthode de 1989. Je tiens à féliciter l’auteur de la qualité et de l’originalité de son ouvrage. L’humour y est bien présent et permet une assimilation aisée du langage et des concepts grammaticaux. J’ai depuis lors étudier d’autres ouvrages dont l’un en format (« enhanced » ) ebook (enrichi) disponible pour les kindle HD sur amazon. Je trouve cette option ebook enrichi très intéressante puisqu’avec une tablette, un téléphone, … on peut emporter ses livres partout dans un minimum d’espace. Comme le souligne Marianne, ces versions électroniques ont de plus l’avantage de pouvoir grossir l’écriture lorsque les yeux fatiguent.

Il serait donc très opportun de réaliser cette version électronique pour le roumain sans peine. Développeur d’ebook occasionnel, je me propose, si l’auteur et les éditions Assimil m’y autorisent, de développer une version epub enrichie à partir du texte, des illustrations et des fichiers audio du livre.

Je sais, bien entendu, qu’Assimil développe des livres numériques interactifs qui peuvent être lus sur un appareil iOS muni d’iBooks 1.3.1 (ou une version ultérieure) et d’iOS 4.3.3 (ou une version ultérieure) tel qu’un iPad, iPhone (3G ou modèle ultérieur) ou iPod touch. Ce livres peuvent également être lus sur n’importe quel ordinateur via le lecteur Readium pour Chrome.
Certains sont également présents sur la boutique kindle d’amazon.

En tant qu’étudiant de l’édition 1989, et maintenant que le livre a été remodelé en accord avec la réforme orthographique, je me propose de le transposer en format électronique. L’auteur et les éditeurs sont-ils intéressés?

Renaud

    Par Éditions Assimil le 08/09/14 à 9h29

    Merci pour votre message Renaud. Je vous envoie un mail pour répondre à votre dernière question.

Par GERARD le 14/03/15 à 17h18

bună ziua !

Est-il envisagé une méthode pour apprendre le roumain niveau
C1-C2.
Daniela Kohn devrait en publié une, mais j’aime beaucoup la votre toute teintée d’humour exactement comme il est pratiqué en Roumanie.
J’ai appris avec celle de 1989, mais quand j’ai lu que vous l’avez actualisé avec l’orthographe telle qu’il était auparavant je me suis empressé de la commander.
vă mulțumesc pentru tot
Gérard

    Par Éditions Assimil le 16/03/15 à 11h37

    Bonjour, et merci pour votre message. Non, il n’y aura pas de perfectionnement roumain pour le moment.

Par Szabo ELENA le 02/12/15 à 15h45

Comment faire pour commander un livre pour apprendre le roumain ?

    Par Éditions Assimil le 02/12/15 à 16h38

    Bonjour, tout simplement en suivant le lien de l’article vers notre ouvrage sur le site.

Par I.T. le 13/12/15 à 4h50

Il y a une erreur dans la prononciation. La lettre en E (en Roumain) doit être prononcée È, mais dans le livre il semble qu’elle soit démontrée comme étant prononcée É . À part ca la méthode à l’air excellente.

    Par Éditions Assimil le 14/12/15 à 14h00

    Bonjour, il ne s’agit pas d’une erreur. L’auteur, Vincent Ilutiu vous répond ici :
    « J’ai rédigé dans mon ouvrage des explications qui précisent que les voyelles roumaines sont moyennes – ni trop ouvertes, ni trop fermées. En tout cas, le « e » roumain n’est pas un « è » – il serait plus proche d’un « é », graphie obligatoire en quelque sorte dans la transcription phonétique, car si on avait laissé un « e » sans aucun accent tout Français qui se respecte l’aurait prononcé « eu ». On peut prononcer sans problème tout « e » roumain comme un « é ». »

Par Michel BELLON le 14/12/15 à 20h17

Bonsoir I. T.
(tu n’indiques pas ton nom),

On peut s’interroger sur la façon de présenter la prononciation que l’auteur a choisie, mais ce qui est sûr, c’est que dans la réalité la voyelle qui est représentée dans l’orthographe roumaine par la lettre « e » est plutôt fermée, de même d’ailleurs que celle qui est représentée par la lettre « o ». C’est la raison pour laquelle les transcriptions phonétiques de cette langue faites à l’aide de l’Alphabet Phonétique International utilisent les symboles [e] et [o] (et non pas leurs équivalents ouverts [ε] et [ɔ].
La remarque que tu fais est pour moi une x-ième confirmation de la simplification que représenterait l’utilisation systématique de l’API pour noter la prononciation de toutes les langues, dans toutes les publications Assimil, en dépit de l’obstination de l’éditeur et de certains auteurs à prôner des transcriptions fantaisistes qui sont censées être basées sur la prononciation du français.
Et d’ailleurs, la généralisation de l’API entraînerait aussi une autre simplification : il ne serait plus nécessaire de modifier toutes ces transcriptions phonétiques lors de l’adaptation des méthodes dans une autre langue que le français.

Bonne soirée,
Michel.

Par Robin le 02/03/16 à 20h30

Bună seara!

Petite précision concernant la prononciation du â/î :
C’est un son un peu à mi-chemin entre le « i » et le « ou ». En gros, il se prononce les lèvres étirées, comme le « i », et à l’arrière du palais, comme le « ou » (les puristes feront remarquer que le â/î roumain se prononce au milieu du palais et le « ou » plus au fond).

Chose amusante, le « u » français est lui aussi à mi-chemin entre les sons « i » et « ou » mais il suit tout à fait la logique inverse :
il se prononce les lèvres arrondies (comme le « ou ») et à l’avant du palais (comme le « i »).

Sachant cela, dans mon apprentissage du roumain, je me suis trouvé une petite astuce pour obtenir ce son : il s’agit de prononcer très vite et en continu « T’es qui, du coup ? », de sorte à fusionner « T’es qui » et « du coup ». Ainsi on obtient rapidement quelque chose qui s’approche du mot « decât » roumain.

Cela dit, rien ne vaut l’écoute et l’imitation pour parfaire sa prononciation !

Și mulțumesc la Vincent Iliutu pentru cartea lui!

Par Chris Keller-Kostakiotis le 20/03/16 à 21h41

« Le bulgare sans peine » (2001)

Pour celles et ceux qui ont étudié le bulgare avec la méthode ASSIMIL, on peut relever certains détails phonétiques de cette méthode.

– La lettre /o/ prononcée comme le son /ou/ ( /y/ en alphabet cyrillique) comme par exemple dans le mot « година » (année) prononcé « гудина » est typique du bulgare parlé à Sofia.
Ce n’est pas spécifié dans le livre, mais ça s’entend très clairement dans les enregistrements audio.
Cette façon de prononcer les /o/ comme /ou/ ne s’applique pas dans le reste de la Bulgarie (c’est une prononciation dialectale)

– Le /L/ qui doit être prononcé dur (sauf devant les lettres /е/ , /и/, /ю/ et /я/) est en fait prononcé comme le /w/ anglais ou le /ł/ polonais.
Cette prononciation spécifique du /L/ dur est employée dans tout le pays.

En espérant qu’un jour « le bulgare sans peine » ait droit à sa remise à jour et à sa réedition avec la nouvelle ligne graphique ! 🙂

Par Michel BELLON le 21/03/16 à 1h52

Bonsoir Chris,

Tes remarques concernant la prononciation du bulgare sont pertinentes, mais je me permettrai d’apporter quelques précisions car les indications que tu donnes ne sont pas entièrement correctes.

Tout d’abord, la prononciation du « л » vélaire (non palatal) n’est pas vraiment identique à celle du « ł » polonais. On peut certes trouver cette prononciation chez certains locuteurs, en particulier quand « л » se trouve en finale absolue, mais elle est loin d’être systématique. En réalité, la prononciation du « л » vélaire bulgare est très proche de, sinon identique à, celle du « l » anglais dit « dur », que l’on perçoit particulièrement bien là encore en finale absolue dans des mots comme « mill », « single », « usual », etc.
Remarquons que dans la même aire géographique que le bulgare, le croate, le serbe, le bosniaque et le monténégrin sont allés un peu plus loin, puisque la prononciation de ce « l »/ »л » final a carrément abouti à /ɔ/, ce qui a été fixé par l’orthographe de ces langues qui note un « o » ; cela explique les nominatifs sto/сто (la table), posao/посао (le travail) ou so/со (le sel) face aux génitifs stola/стола, posla/посла ou soli/соли, ou encore les formes masculines du passé izašao/изашао (il est sorti) ou video/видео (il a vu) face aux formes féminines izašla/изашла ou videla/видела.
Par ailleurs, le même phénomène en ancien français est à l’origine de nos pluriels irréguliers du type cheval/chevaux.
Rappelons aussi que la prononciation /w/ du « ł » polonais, qui est assez généralisée, est encore considérée par certains comme incorrecte ou relâchée. Ces locuteurs, dont la plupart sont nés avant les années 60 du XXe siècle, s’en tiennent à une prononciation proche là encore de celle du « l » anglais « dur ». Ce sont d’ailleurs souvent les mêmes personnes qui conservent aussi la prononciation nasalisée du « ę » final, qui est assez généralement dénasalisé dans la prononciation des générations plus récentes.

Pour en revenir au bulgare maintenant, les variations de prononciation du « о » sont dues à un phénomène beaucoup plus vaste, celui de la « réduction » des voyelles inaccentuées, c’est-à-dire qu’une même voyelle phonologique est prononcée différemment selon qu’elle porte ou non l’accent tonique.
De nombreuses langues connaissent cette « réduction vocalique ». Parmi celles qui sont les plus proches du bulgare, citons le russe et le biélorusse, qui sont sans doute les langues où le phénomène a le plus d’ampleur, et remarquons que le biélorusse, bien qu’il soit très proche du russe sur ce point, s’en distingue par le fait que la réduction est notée dans l’orthographe (> les voyelles réduites s’écrivent différemment des voyelles pleines, et donc l’orthographe correspond à la prononciation, et par ricochet peut donner une indication sur la place de l’accent tonique dans le mot) alors qu’elle ne l’est pas en russe (> une même voyelle peut avoir plusieurs prononciations, et il faut connaître l’accent tonique, qui n’est pas noté dans l’orthographe courante, pour la prononcer correctement dans un mot donné).
D’autres exemples de langues qui connaissent la réduction vocalique sont l’anglais (comme on le voit dans la prononciation de « for », « of » et de nombreux autres mots), le portugais (pensons aux différentes valeurs de « a » ou « o », en particulier en finale de mot), le latin (dont les variations d’accent tonique, à un stade ancien de la langue, ont provoqué les alternances a/i de amicus/inimicus, ou facilis/difficilis, que l’on retrouve ensuite en latin classique, puis dans les formes que les différentes langues romanes en ont héritées) et même le français, où le phénomène du « e muet » ressortit en partie à cette question.

En bulgare, à peu près tous les timbres vocaliques subissent des réductions en position inaccentuée, mais les plus audibles sont celles du « а » et du « о », et plus dialectalement celle du « е ». Une analyse phonétique fine montre qu’il existe de subtiles nuances, qu’il serait trop long et sans doute fastidieux d’examiner ici en détail, mais on peut considérer, en gros, que :
– « а », qui se prononce /a/ ouvert sous l’accent, passe à /ə/, c’est-à-dire plus ou moins au son de la voyelle « ъ ». On remarque cette réduction en particulier dans la prononciation de l’article défini postposé au « cas régime » du masculin singulier, -а.
– « о », qui se prononce /ɔ/ ouvert sous l’accent, passe à /o/ très fermé, qui effectivement, ressemble acoustiquement à un /u/, c’est-à-dire au son de la voyelle « у ». Cette réduction du « о », bien que très répandue (et dans toute la Bulgarie, pas seulement à Sofia !) est pourtant considérée comme incorrecte par certains locuteurs, qui s’efforcent de maintenir en toutes positions le timbre de la voyelle accentuée. Et ces mêmes locuteurs auront tendance à prononcer le -т final de l’article défini postposé au « cas sujet » du masculin singulier, -ат, qui aujourd’hui est le plus souvent muet dans la langue courante (et donc, on peut noter au passage que l’opposition entre « cas sujet » et « cas régime » de cet article masculin singulier est en cours de disparition, ce qui correspond bien à la dynamique du bulgare qui, avec son proche parent le macédonien, a éliminé au fil des siècles les déclinaisons nombreuses et parfois compliquées que conservent les autres langues slaves).
– « е », qui se prononce /ε/ ouvert sous l’accent, passe dans certains dialectes orientaux du bulgare à /i/, c’est-à-dire au son de la voyelle « и ».
Ajoutons pour finir que « у » a lui aussi tendance à se réduire, et ce de la même façon que « о », pour se prononcer en position inaccentuée comme un /o/ très fermé, au lieu de son timbre /u/ sous l’accent.
Et bien entendu, ce qui vaut pour les voyelles « а », « о » et « у » est valable aussi pour leur variante après consonne palatale « я » « ьо » (très rare) et « ю ».

Bonne soirée,
Michel.

Par Chris Keller-Kostakiotis le 22/03/16 à 3h28

Bonsoir Michel,

Selon des bulgarophones natifs et universitaires que j’ai interrogé, le /o/ prononcé comme /ou/ qu’il soit sous l’accent tonique ou pas, est plus qu’une réduction de la voyelle /o/; c’est un son différent et typique de Sofia et de sa région, ainsi que de la zone frontalière avec la Macédoine.

Cette prononciation dialectale du /o/ comme /ou/ est considérée comme incorrecte par tout bulgarophone puriste de la langue bulgare.

Quand au /L/ dur semblable au /w/ anglais et au /ł/ polonais, il s’entend clairement lorque l’on entend des bulgares parler (sur place, à la radio, TV…et aussi sur les enregistrements audio du bulgare « sans peine » d’ASSIMIL !…)

Par exemple les mots Благодаря (merci) – Пловдив (nom d’une ville bulgare) – Ела/Елате (viens/venez) s’entendent clairement comme « Bwagodáriœ » – « Pwóvdif » – « Ewá-Ewáte »… (j’ai mis un accent aigü pour noter l’accent tonique faute de symboles A.P.I. sur mon clavier…)

Maintenant, je ne suis pas phonéticien; je ne fonctionne qu’à l’oreille ! 🙂

D’ailleurs, qu’en pensent les auteurs du bulgare « sans peine » ?
Si ASSIMIL pouvait leur transmettre ce cas de phonétique bulgare…

Par Michel BELLON le 22/03/16 à 17h08

Bonjour Chris 🙂 ,

Je te propose de réexaminer les deux points que tu soulèves dans tes messages afin de préciser encore un peu plus les choses.

1 – Prononciation du « л » vélaire
Il y a une différence fondamentale entre les deux prononciations que nous avons discutées :

a) le « ł » polonais standard, en phonétique /w/, se prononce avec la langue abaissée, reposant dans la cavité buccale, sans contact avec le palais. On s’en rend bien compte dans les mots français « oui » /wi/ ou anglais « where » /wɛə/, entre autres innombrables exemples.

b) le « л » bulgare vélaire, en phonétique /L/ (mais aussi noté /ł/ dans certaines transcriptions, ce qui peut favoriser la confusion avec le « ł » polonais !), se prononce avec la partie antérieure de la langue appuyée contre l’avant du palais, et sa partie médiane creusée vers le bas (dans le cas du « l » standard français ou « л » non vélaire bulgare que l’on trouve devant les lettres « е » et « и », en phonétique /l/, la partie médiane de la langue est légèrement relevée vers le palais ; dans le cas du « л » palatal, comme il existe en russe, ainsi qu’en bulgare devant les lettres « ьо », « ю » et « я », en phonétique /ʎ/, la langue adhère au palais, ce qui provoque l’effet acoustique caractéristique de « mouillure »).

Comme je le disais dans mon précédent message, certains locuteurs bulgares ont un « л » vélaire qui est très proche du « ł » polonais, mais cette prononciation n’est pas la norme, et est même très minoritaire.
Il me semble que lorsqu’on écoute des bulgarophones, on entend en principe très vite que leur « л » vélaire s’appuie sur la partie avant du palais. Il est par exemple très révélateur de comparer la prononciation du nom de Пловдив (Plovdiv, seconde ville de Bulgarie par la population) par un-e Bulgare et par un-e Polonais-e : on se rendra sans doute compte que les Polonais-e-s, qui, logiquement, translittèrent Płowdiw, avec un « ł », prononcent effectivement avec le son /w/, ce qui est sensiblement différent de la prononciation des Bulgares.

Pour essayer de mieux te convaincre 😉 , je me suis amusé à rechercher sur le site Forvo (que je recommande au passage à tout le monde, car il donne la prononciation par des locuteurs natifs de milliers de mots dans une grande quantité de langues diverses) la prononciation des mots que tu mentionnes et je t’invite à te reporter aux liens suivants :

– pour благодаря (attention, il y a une erreur dans ton message, car l’accent tonique dans ce mot est final et non pas pénultième, et par conséquent le « я » a bien le son /a/ plein, et non pas la forme réduite /ə/ que tu transcris /œ/) :
http://fr.forvo.com/word/%D0%B1%D0%BB%D0%B0%D0%B3%D0%BE%D0%B4%D0%B0%D1%80%D1%8F!/#bg – tu constateras que les deux premiers locuteurs, « vesilive » et « nedret » ont une prononciation assez éloignée de celle du « ł » polonais, dont seule se rapproche la troisième locutrice, « ang3lgirl ».

– pour Пловдив :
http://fr.forvo.com/word/%D0%BF%D0%BB%D0%BE%D0%B2%D0%B4%D0%B8%D0%B2/ – là encore, il me semble que le « test acoustique » révèle bien une prononciation /L/ et non pas /w/ chez les deux locuteurs, « ificouldfly » (à la page 2) et « soqquadro » (à la page 6).

– pour ела :
http://fr.forvo.com/search/%D0%95%D0%BB%D0%B0/ – même constatation pour les deux locuteurs, « vesilive » et « diyanamar » (à la page 8).

2 – Réduction vocalique
Le terme de « réduction », utilisé en phonétique, est en quelque sorte synonyme de « modification » ou « changement ». Par conséquent, il n’est pas lié à la valeur phonétique précise d’une voyelle donnée, et il y a bien « réduction » quand une voyelle a une prononciation en position accentuée qui est modifiée ou changée (réduite) en position inaccentuée, comme on le constate en bulgare.

En dépit de l’avis de certains locuteurs (peut-être influencés par la résistance plus ou moins consciente qui incite certains Bulgares à considérer cette prononciation comme fautive, même s’ils l’utilisent eux-mêmes lorsqu’ils s’expriment naturellement, sans chercher à se « corriger »), la réduction du « у », /u/ > /o/, est répandue dans pratiquement toute la Bulgarie. Personnellement, je connais et fréquente plus particulièrement les régions littorales de Varna et Bourgas, à l’est du pays, et je peux t’assurer que cette prononciation y est tout aussi établie qu’à Sofia, de même que les autres réductions vocaliques qui caractérisent le bulgare contemporain, en particulier celle de « а », /a/ > /ə/.

Bonne fin d’après-midi,
Michel.

Par Chris K. le 08/09/17 à 3h54

Roumain:

Livre d’occasion déniché sur Amazon.de et reçu ce jour:

« Curs de limba română » de Ion Popescu
(Editura didactică şi pedagogică – Bucureşti 1974)

Ancien livre de roumain pour étrangers datant de l’époque socialiste, mais sans trop de propagande politique, avec beaucoup de textes sur la géographie de la Roumanie et la culture roumaine, un nombre important de textes littéraires classiques en fin d’ouvrage, et de très claires explications grammaticales.
En faisant abstraction de l’ancienne orthographe roumaine utilisée dans cet ouvrage; ce cours est un très bon complément à la méthode ASSIMIL de roumain.

NB: Ce livre est en base allemande; tous les mots de vocabulaires sont traduits en allemand ainsi que toutes les explications grammaticales.

Par Michel BELLON le 08/09/17 à 10h09

Bonjour Chris,

À ma connaissance, ce manuel a initialement été publié quelques années plus tôt (toute fin des années 60, ou tout début des années 70), en anglais, et en deux volumes. C’est du moins l’édition que je possède (et qu’il faudrait que je recherche dans mes archives ! 🙂 ).
Je partage ton avis sur ce livre. Les photos en couleurs, bien que d’une qualité conforme à ce qui se faisait alors, et en particulier dans les « pays de l’Est », sont un des éléments qui rendent ce livre agréable.
L’édition allemande que tu as est-elle en un seul volume ?

Bonne journée,
Michel.

Par Chris K. le 08/09/17 à 13h56

Bonjour Michel,
L’édition en base allemande est également présentée en deux volumes.
Je n’ai pu trouver que le volume 2.
Ce livre (vol.2) est encore disponible sur Amazon.co.uk (mais assez cher…)

Par Michel BELLON le 08/09/17 à 15h21

Rebonjour Chris,

Parfait, et merci pour ta réponse.
Je vais donc me « contenter » de l’édition anglaise puisque je l’ai en entier. Si je me souviens bien, je l’avais achetée à la librairie Foyles à Londres lors d’un de mes tout premiers voyages dans la capitale britannique, en 1974.

Bonne fin de semaine,
Michel.

Par Chris K. le 09/09/17 à 17h00

Bonjour Michel,

En cherchant bien j’ai réussi à trouver sur AbeBooks.com les volumes 1 et 2 du manuel de roumain « Curs de limba română » , mais en base française cette fois-ci (et à un prix très raisonnable).
Ces anciens manuels de langue édités dans les pays de l’Est dans les années 60-70 et accomagnés de photos en couleur sont de vrais collectors (intérêt historique + intérêt linguistique).

Par Michel BELLON le 10/09/17 à 11h21

Bonjour Chris,

Je te remercie pour cette précision. Par curiosité, j’ai cherché sur les sites d’Abebooks (.com et .fr), mais je n’y ai pas trouvé cette version française du cours de Ion Popescu. Peut-être ai-je regardé trop vite ?…
En tout cas, je ne me souvenais pas avoir vu ce cours en édition française (ni même d’ailleurs russe), contrairement à celui de Boris Cazacu (dont nous avons déjà parlé à plusieurs reprises), un peu plus ancien, avec lequel j’ai débuté l’étude du roumain en 1972 à la fac de Toulouse et qui, sauf erreur de ma part, n’est paru qu’en français et anglais.
De toute façon, cela ne change rien pour moi puisque j’ai déjà une édition complète du cours et que le matériel pédagogique est le même, quelle que soit la langue dans laquelle il est présenté.

Bon dimanche,
Michel.

Par Chris K. le 10/09/17 à 15h39

Bonjour Michel,

Les deux volumes de « Curs de limba română » de Ion Popescu en base française étaient bien en vente sur AbeBooks.com et importés d’Autriche (!), mais fallait bien chercher sur le site (le volume 1 est très difficile à trouver…).
Maintenant ils ne sont plus sur le site vu que je les ai commandés…
Ce livre a effectivement été édité en base française, anglaise, et allemande.
Je trouve ce livre plus pédagogique et moins austère que le « Cours de langue roumaine » de Boris Cazacu que je possède depuis longtemps.

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