Code talkers : la langue navajo
comme arme de guerre

Publié le 03/07/2018 par Assimil
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les 29 premières recrues navajos prêtent serment à Fort Wingate [Public domain], via Wikimedia Commons

Couramment utilisés en temps de guerre, les langages codés et autres messages cryptés permettent aux soldats de communiquer entre eux et d’organiser leur stratégie sans être démasqués par les troupes ennemies. En 1942 lors de la seconde Guerre mondiale, les Marines feront appel aux Indiens Navajos pour utiliser leur langue et communiquer à l’abri des oreilles nippones. Découvrez l’histoire des Code talkers, artisans méconnus de la victoire américaine dans l’océan Pacifique.

 

Langage codé : du cryptage à la langue navajo

En 1942, les combats font rage entre les troupes japonaises et américaines engagées dans la seconde Guerre mondiale, au cœur des îles du Pacifique. Pour organiser leurs assauts, sécuriser leurs déplacements et échanger des informations, les Marines communiquent à l’aide de messages radio cryptés, émis par une machine appelée SIGABA. Seul problème : le dispositif est très lent, et contraint les Américains à communiquer en anglais sur le champ de bataille. Une aubaine pour les officiers japonais maîtrisant l’anglais, pouvant ainsi connaître la stratégie de leurs ennemis avant leur mise en place et même émettre de faux messages pour tromper les Américains.

La solution sera initiée par Philip Johnston, un ingénieur californien, qui proposera d’utiliser la langue navajo comme code pour communiquer entre soldats américains. Comptant parmi les plus anciennes tribus présentes sur le continent américain, les Navajos constituent une tribu d’agriculteurs, autrefois installés sur un territoire allant du Colorado au Nouveau-Mexique. Oppressé et combattu par les Américains pour coloniser leurs terres, le peuple Navajo vit désormais dans une réserve au cœur de ses anciennes frontières. Leur langue, parlée par une trentaine de « Blancs », est transmise exclusivement à l’oral, n’a aucun lien avec une langue asiatique ou européenne et n’a jamais été étudiée. Impossible donc pour un non-initié de connaître cette langue, et encore moins de la comprendre. C’est précisément ce qui intéresse Philip Johnston. Il propose d’affecter un Navajo à chaque bataillon pour utiliser leur langue comme code et communiquer en toute sécurité. Après quelques réticences, l’état major accepte et 29 Navajos sont formés pour rejoindre les Marines : ce sont les premiers Code talkers.

À lire aussi : Verlan, javanais, louchébem ou largonji : quand les mots se défont

Le code navajo, véritable outil de guerre

Pour unifier les communications entre bataillons, un code navajo composé de 274 mots est mis en place. Les mots du jargon militaire n’existent pas dans la langue indienne. Le mot « tortue » est alors utilisé pour désigner un tank, et l’expression « poisson d’acier » est employée pour nommer un sous-marin ; les bombes deviennent des œufs et les grenouilles remplacent les véhicules amphibies. Les autres mots sont épelés en anglais, en remplaçant chaque lettre par un mot commençant par cette même lettre. Après une formation de quelques mois, les Code talkers sont envoyés dans le Pacifique pour participer à la bataille de Guadalcanal en août 1942. Passé les premiers ajustements, l’utilisation du navajo comme langage codé est un succès et des recrues indiennes sont rapidement appelées en renfort.

Au total, 420 Navajos participent aux combats, et le lexique s’étend de jour en jour pour englober environ 600 mots, avec une syntaxe complexe et des intonations rendant le décryptage impossible. Le code navajo jouera un rôle crucial lors de la bataille d’Iwo Jima, en février 1945. Pendant les 48 premières heures de l’opération américaine, ce sont environ 800 messages qui seront transmis par les Code talkers travaillant sans relâche, et permettant aux Américains de sortir vainqueurs des combats.

À lire aussi : Langue et espionnage : entretien avec Éric Denécé

Le code Navajo, un mystère resté entier, même après la guerre

Les Japonais ne réussirent jamais à percer le secret du code navajo, malgré leurs nombreuses tentatives. En 1942, avant même que les Code talkers ne soient formés, un sergent d’origine Navajo sera capturé et torturé pour révéler les secrets du code : en vain, le sergent ne maîtrisant pas la langue. Pour éviter les fuites, les Américains prirent de nombreuses précautions : aucune trace écrite du code ne devait être produite, et chaque Code talker devait être accompagné d’un Marine investi d’une mission secrète. Si le Code talker était capturé vivant par l’ennemi, le soldat américain devait l’abattre pour que le secret demeure intact.

L’existence même de ce code resta secrète pendant plus de 20 ans. Il fallut attendre 1968, lors de l’ouverture des archives, pour que le langage codé soit percé au grand jour. En 1982, Ronald Reagan fut le premier président américain à reconnaître le rôle des Code talkers dans la seconde Guerre mondiale et à leur exprimer sa gratitude au nom de la nation. Ce n’est cependant qu’en 2001 que les derniers vétérans indiens furent gratifiés d’une médaille d’honneur, pour le service rendu à l’armée.

À lire aussi : À la découverte des langues sifflées

Le saviez-vous ?

L’histoire du code Navajo a inspiré John Woo pour son film Windtalkers, les Messagers du vent.

Commentaires

Par Roland Thibault le 05/07/18 à 0h38

D’autres tribus nord-américaines ont participé dans ce grand projet. Il est vrai que les Dénés (Navajos) étaient les plus nombreux.

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