Charte des langues régionales :
qui est pour, qui est contre ?

Publié le 16/07/2015 par Éditions Assimil
20 commentaires

Nombre de locuteurs par langue régionale en France

Entretien avec Jean-Paul Demoule

Rédigée par le Conseil de l’Europe en 1992, la Charte des langues régionales ou minoritaires et sa ratification connaissent en France une histoire chaotique et hautement polémique.

Pour certains de ses détracteurs, la charte n’est pas soluble dans la constitution de la République française qui stipule que la langue de la République est le français – et il n’est pas nécessaire de réviser la constitution pour prêter le flanc à la moindre revendication régionaliste. Pour d’autres,  la charte contient en creux le projet d’une Europe des ethnies, ourdi par des groupuscules d’extrême droite infiltrés à Strasbourg, et servant surtout les intérêts de l’Allemagne. Du côté des régions ou des territoires où l’on parle le breton, le basque, l’alsacien ou l’occitan, le son de cloche est évidemment bien différent : on attend que François Hollande tienne sa promesse de campagne et entame le processus menant à la ratification de la charte. Au début du mois de juin, le président de la République a finalement déclaré qu’il allait demander au Parlement de réviser la Constitution. L’exécutif vient de fixer un calendrier et espère une présentation du texte en conseil des ministres le 31 juillet. Il n’en fallait pas davantage pour réactiver l’affrontement entre les adversaires et les défenseurs de la charte, qui échangent (pratiquement) les mêmes amabilités depuis 23 ans et qui observent évidemment avec attention ce qui se passe en Catalogne ou en Ecosse… Et comme on entend à peu près tout et n’importe quoi sur ce dossier, il nous a paru intéressant de trier le bon grain de l’ivraie en compagnie de l’historien et archéologue Jean-Paul Demoule (auteur du passionnant et récent Mais où sont passés les Indo-européens ? au Seuil).

Assimil : Historiquement, les langues régionales (utilisons la terminologie actuelle) étaient surtout le fait de locuteurs ennemis de la République Française. Qu’en est-il aujourd’hui si on s’en tient seulement aux locuteurs ?
Jean-Paul Demoule : le paysage linguistique français n’a plus rien à voir avec ce qu’il était encore dans la première moitié du 20siècle. Les langues régionales traditionnelles de la France métropolitaine ne sont plus parlées que par environ deux millions de personnes, surtout les plus vieilles générations, même si elles sont enseignées de manière volontariste dans des établissements bilingues comme les écoles Diwan en Bretagne, les Calendreta du Languedoc, les Ikastola du Pays basque, La Bressola de Catalogne, ou A.B.C.M. Zweisprachigkeit en Alsace-Moselle. Si ces entreprises sont fort louables, elles ne scolarisent dans chaque langue que quelques milliers, voire quelques centaines d’enfants seulement. Il en va de même pour les options linguistiques dans l’enseignement public (y compris au bac), et pour les épisodiques émissions en langues régionales sur France 3 et sur quelques radios. L’alsacien alémanique et dans une moindre mesure le francique lorrain (le « Platt ») se maintiennent un peu mieux, car ils sont adossés à l’Allemagne et bénéficient de ses émissions de radio et télévision, même si elles sont en allemand standard (hochdeutsch).
Mais on est loin des six millions de locuteurs maternels de l’occitan qu’on recensait encore il y a un demi-siècle. Il est vrai que certains de ces mouvements régionalistes étaient plutôt de droite, sinon d’extrême droite, et certains ont pactisé avec le nazisme pendant la guerre, comme en Bretagne, en Flandres ou en Alsace. Mais à partir des années 1970, les mouvements régionalistes sont en grande partie passés « à gauche », notamment en Bretagne et dans le Languedoc, sans compter le Pays Basque. Notons aussi que ces écoles bilingues sont parfois, pour la bourgeoisie cultivée, un moyen de contourner la carte scolaire.
La situation est évidemment différente dans les territoires dits d’outre-mer, où des langues locales, qui forment une partie importante des 75 langues régionales officiellement recensées, continuent à être pratiquées couramment, et dont plusieurs (le tahitien et cinq langues mélanésiennes) font l’objet d’un enseignement public. La langue régionale la plus parlée, avec deux millions et demi de locuteurs, reste le créole.

La charte cristallise contre elle des détracteurs d’horizons et d’intérêts très hétérogènes. Est-ce qu’on peut résumer ces tendances et définir une typologie des défenseurs et des détracteurs ?
J.-P. D. : Le tableau a été singulièrement brouillé, à la fois par des mouvements et des passions xénophobes, et par des soucis politiciens. À l’origine, il y avait un certain consensus. Le rapport de Bernard Cerquiglini recense en 1999 les 75 langues régionales officielles, et en 2001, la Délégation générale à la langue française (DGLF) du ministère de la Culture devient la Délégation générale à la langue française et aux langues de France (DGLFLF). En 2008, donc sous le quinquennat Sarkozy, la loi constitutionnelle n° 2008-724 dite « de modernisation des institutions de la Ve République » ajoute à la constitution un article 75-1 qui stipule sobrement : « Les langues régionales appartiennent au patrimoine de la France », ce qui pour certains constitutionnalistes serait suffisant pour pouvoir ratifier. Néanmoins le Conseil d’État et le Conseil constitutionnel ont jugé que la Charte n’était pas conforme à la Constitution dans son état actuel, au nom de l’unicité du peuple français et du principe constitutionnel : « la langue de la République est le français ». L’ancien président du Conseil constitutionnel, Robert Badinter, avait affirmé que ce « serait donner un fondement légal, sur la base d’une convention internationale, à la revendication collective des régionalistes les plus radicaux ».
La ratification était néanmoins la 56e promesse du candidat Hollande – à laquelle était opposé officiellement le candidat Sarkozy. Elle est donc à  nouveau d’actualité, par la voie d’une révision constitutionnelle qui demandera les trois cinquièmes des deux chambres.
Quant aux partisans et adversaires, on sait que les Girondins ont provisoirement gagné contre les Jacobins et les Montagnards, au moins depuis les lois de décentralisation des années 1980. De fait, on trouve parmi les partisans le centre gauche (la majorité du parti socialiste) et le centre droit ; et parmi les adversaires, le Parti de Gauche (mais pas les communistes, favorables au texte), le Front national et la droite du parti Les Républicains (ex-UMP). La position du Parti de Gauche est clairement jacobine. Celle du Front national et de la droite la plus conservatrice surfe sur les peurs islamophobes. En effet, parmi les langues minoritaires recensées figuraient dès l’origine l’arabe dialectal, l’arménien occidental, le berbère, le judéo-espagnol, le romani et le yiddish, langues effectives de communautés clairement françaises depuis plusieurs générations (comme les harkis par exemple). La peur entretenue est que d’autres langues issues de l’immigration pourraient être reconnues, même si la Charte européenne exclut officiellement les langues de migrants. Et même si, par ailleurs, un meilleur enseignement des langues dites minoritaires aurait certainement un effet bénéfique sur ces communautés et sur leurs relations avec le reste de la nation.
Notons que selon les sondages, les trois-quarts de la population française est favorable à la ratification de la Charte.

Certains prétendent que la charte a été rédigée par des néo-pangermanistes à l’attention exclusive de groupes ethniques qui en font une arme de guerre dirigée contre les Etats-Nations. Est-ce qu’on peut soutenir une telle thèse ?
J.-P. D. : Cette « théorie du complot » un peu paranoïaque n’est pas très crédible, même si elle est soutenue par certaines historiennes. Il est vrai que des mouvements autonomistes liés à l’extrême droite sont bien présents en Alsace. Il est vrai aussi que  certaines régions mènent des politiques internationales propres, et qu’elles traitent directement avec d’autres régions de pays étrangers, sans passer par les services de l’État. Certains y voient une contribution à l’affaiblissement régulier des États souverains, pris entre une Union européenne qui régente, et des régions de plus en plus autonomes. Néanmoins, concernant cet enjeu culturel spécifique et important, ces craintes peuvent paraître subalternes.

Le Front National se déclare contre la ratification de la charte et accuse François Hollande de « solder la République Française ». Comment doit-on interpréter cette position selon vous ?
J.-P. D. : Comme je l’ai indiqué plus haut, le Front national veut utiliser les peurs islamophobes comme argument politique, dont la reconnaissance des langues régionales ferait partie. Cette position est historiquement paradoxale puisqu’un certain nombre de mouvements régionalistes étaient ou sont encore liés à l’extrême droite. Une partie de l’extrême droite, notamment dans la nébuleuse de la « Nouvelle Droite », prône toujours un « ethno-empire » européen, où chaque région bénéficierait d’une grande autonomie politique et culturelle. Le Front national est d’ailleurs gêné dans les régions où  les langues régionales survivent, comme en Catalogne, en Corse, en Bretagne ou en Alsace, et ses militants locaux gardent sur le sujet un silence prudent. Ce changement de position est symptomatique des efforts actuels de ce parti pour gagner en respectabilité, et illustre également sa remise de l’État au centre du dispositif politique, au rebours de l’idéologie néolibérale qu’il déployait dans les années 1980.

Si la charte est ratifiée, que va-t-elle changer ou que peut-elle changer concrètement pour les langues régionales et les langues minoritaires ?
J.-P. D. : La « Charte des langues régionales ou minoritaires » a été adoptée en 1992 au Conseil de l’Europe, qui regroupe la cinquantaine de nations de l’Europe géographique – à distinguer de l’Union Européenne et de ses 28 nations. Elle a été signée puis ratifiée (l’État signe, puis le parlement ratifie) par la moitié de cette cinquantaine d’États ; seulement signée mais non ratifiée par huit pays, dont la France. Enfin quatorze pays n’ont ni signé ni ratifié, en général ceux qui ont des problèmes de minorités nationales, dont les pays baltes avec leurs fortes minorités russes ; la Grèce avec ses minorités albanophones, slavophones ou turcophones ; la Bulgarie avec sa minorité turque ; ou encore l’Albanie, la Géorgie et même l’Italie, sans compter les micro-États de Monaco, Andorre et Saint-Marin, sans doute pour d’autres raisons. On distingue les langues « régionales », territorialement limitées et souvent circonscrites à une nation donnée, et les langues « minoritaires », qui peuvent être parlées principalement dans une nation voisine (allemand en Belgique ou au Danemark).
La Charte n’est pas totalement claire sur les limites de ses recommandations. Elle demande effectivement que soient favorisés l’enseignement et la pratique des langues régionales ou minoritaires, dans une suite de préconisation dont chaque pays doit appliquer au moins un tiers. Mais l’une des questions est de savoir jusqu’où pourraient aller ces pratiques nouvelles. Et les craintes, réelles ou feintes, des adversaires de la ratification seraient par exemple que les séances des tribunaux se tiennent dans la langue des accusés, alors que la Charte demande simplement que les principaux textes juridiques utiles soient traduits dans la langue. Le quotidien Corse Matin déclarait récemment : « Ce qui est certain, c’est que la révision de cette charte ne changera pas grand-chose dans les faits ».

Une question plus personnelle pour finir. En quoi est-ce important selon vous que l’on prenne soin des langues régionales en France ?
J.-P. D. : En tant qu’archéologue et historien, je ne peux qu’être très sensible à la conservation de ce qui fait partie de notre patrimoine culturel « immatériel », au sens de L’Unesco. Une langue ne peut survivre que s’il en reste des locuteurs. Or, sur les quelque 6.000 langues recensées dans le monde, la plupart sont menacées ou en voie de disparition. Et il ne suffit pas d’en faire le vocabulaire et la grammaire, comme l’avait fait le mythologue Georges Dumézil, aidé de Georges Charachidzé, en recueillant auprès de son dernier locuteur les témoignages sur l’oubykh, une langue du Caucase. Tout ce qui va dans le sens d’une préservation vivante ne peut être que bon pour l’histoire culturelle de l’humanité en général, et de la France en particulier.
Outre les calculs politiciens, jouent sans doute les traditions jacobines de la France – parfaitement nécessaires dans bien d’autres domaines de la vie publique. Mais peut-être aussi la célèbre inaptitude française aux langues autres que le français. C’est pourtant une erreur. La plupart des sociétés traditionnelles étaient multilingues. Le multilinguisme est une richesse et l’on sait bien que, plus on parle de langues, plus il est facile d’en apprendre d’autres. Le rejet de cette loi est à la fois un rejet de l’autre, et un rejet de notre propre patrimoine culturel.

 

 

Commentaires

Par Séverin le 16/07/15 à 18h13

Bonjour.
Il y a une coquille environ au milieu du texte.

 » Et MÊME si, par ailleurs, un meilleur enseignement des langues dites minoritaires aurait certainement un effet bénéfique sur ces communautés et sur leurs relations avec le reste de la nation.  »

Merci

    Par Éditions Assimil le 20/07/15 à 10h20

    Merci, corrigé !

Par Jean Lafitte le 17/07/15 à 16h44

Locuteur (tardif) et enseignant bénévole de la langue gasconne, j’ai personnellement étudié en profondeur toutes ces questions, et suis tout à fait d’accord avec les observations de M. Demoule sur les faits de langues.

Je relève en particulier l’avis du quotidien Corse Matin : « Ce qui est certain, c’est que la révision [lire « ratification »] de cette charte ne changera pas grand-chose dans les faits ».
C’est tout à fait vrai : comme il est pratiquement certain que la France assortira l’éventuelle ratification d’une déclaration interprétative (cf. la proposition de loi socialiste en panne au Sénat depuis février 2014), celle-ci neutralisera toute disposition de la Charte qui irait contre notre Constitution. Et quant aux mesures en faveur des langues régionales, les 39 que le Gouvernement Jospin s’est déclaré disposé à appliquer ont été jugées compatibles avec la Constitution depuis la décision du Conseil constitutionnel du 15 juin 1999.
RIEN NE S’OPPOSE donc, depuis 16 ans, à les DÉCIDER TOUT DE SUITE, la plupart sans doute par simple décret.
Mais sur 6 ans de gouvernements de gauche (3 de M. Jospin en cohabitation + 3 de M. Hollande) et 10 de droite, RIEN n’a été fait…
Pendant ces 16 ans, combien de locuteurs naturels sont décédés, sans être remplacés par le ridicule produit de l’enseignement scolaire, dispensé le plus souvent en dehors des milieux où se parlent encore les langues régionales…
Ce qu’explique sans doute la prépondérance, dans tout ce qui touche à ces langues, des « soucis » ou « calculs politiciens » que M. Demoule évoque par deux fois.

Je suis aussi d’accord avec lui quand il évoque l’utilisation politique des « les peurs islamophobes », encore qu’il y ait pléonasme, puisque une « phobie », c’est d’abord un « Symptôme prévalent des névroses obsessionnelles, caractérisé par une réaction d’angoisse ou une répulsion ressentie devant le même objet, la même personne ou une situation bien déterminée. » ; et « Par extension. [une] Aversion très vive, irraisonnée ou peur instinctive. » (CNRTL)
Mais nous donner la peur de l’Islam, c’est justement ce que cherchent les « terroristes » qui se réclament de cette religion, et succomber à cette peur n’a rien d’irraisonné, alors même que le ministère de la défense recommande à nos soldats de ne pas sortir en uniforme, dans notre pays de France qu’ils doivent défendre au péril de leur vie.
Et quand on nous montre ostensiblement les têtes de nos compatriotes décapités sous des drapeaux noirs couverts d’inscriptions en arabe, il ne faut pas être grand psychologue pour imaginer ce à quoi pense d’abord tout Français qui voit un écrit arabe…
Si l’on ajoute à ce terrorisme sanglant les propos du très honorable et “modéré” M. Boubakeur qui demande le transfert à l’Islam des églises désertées par les chrétiens, et les initiatives d’enseignants qui mettent de l’arabe dans les écoles de régions aussi attachées à leurs traditions que la Bretagne ou la Corse, il ne faut pas s’étonner des réactions de M. Toutlemonde : accuser ce dernier de racisme ou de fascisme a peu de chance de le faire changer d’idées… Et comme tout politique cherche à ratisser large…

Par Chris Keller-Kostakiotis le 28/10/15 à 18h43

Bonjour,

Etant donné la position majoritaire de l’alsacien (haut-rhinois ou bas-rhinois) en nombre de locuteurs sur l’histogramme ci-dessus; il est dommage qu’ASSIMIL ait supprimé sa méthode « l’alsacien sans peine » parue en 2001.

En espérant que celle ci puisse revenir un jour sur le catalogue (au moins sous forme de e-méthode).

Par Claude Laporte le 16/11/15 à 19h57

Je sais que l’on a pris le parti de ne jamais répondre aux questions que je pose ou aux observations que je fais sur ce blog, mais il en faudrait plus pour me décourager.

Puisque l’on parle des langues régionales, elles sont toutes en déclin (même le basque et le catalan, si on fait le bilan des cent dernières années, sauf UNE et une seule: l’alémanique de Suisse (schwyzertütsch).
Le schwyzertütsch est la seule langue régionale qui règne sans concurrence sur son territoire. Langue officielle, l’allemand ne s’utilise pour ainsi dire qu’à l’écrit; son utilisation orale est limitée à des contextes très formels (cours magistraux, lecture du bulletin des nouvelles à la radio et à la télévision, débats au Parlement fédéral, et encore). Ce qui veut dire que, dans toutes les autres situations, et quel que soit le contexte, en Suisse alémanique, c’est en dialecte que cela se passe: au bureau, à l’usine, au restaurant, avec la police, avec votre patron, etc., etc.
Les Romands se sentent toujours mal à l’aise en Suisse alémanique, car, à l’école, ils n’apprennent que l’allemand (hochdeutsch); rares sont les francophones capables de comprendre le schwyzertütsch; or les Alémaniques n’aiment pas communiquer en hochdeutsch.
Il n’existe pas de méthode valable pour l’apprentissage de l’alémanique par les francophones, et c’est vraiment un domaine dans lequel l’absence d’une méthode Assimil se fait sentir.
Je sais que les éditions Assimil, si elles daignent répondre à ce message, me diront que le marché est trop petit.
Je rétorque d’avance que le marché n’est trop petit que si l’on raisonne dans une perspective franco-française. En revanche, en Suisse romande, le potentiel d’une méthode de suisse-allemand est bien supérieur à celui d’une méthode de khmer ou de yiddish dans l’ensemble de la francophonie. Or, Assimil a bien eu le courage de faire des méthodes de khmer et de yiddish.
Puisque l’on parle de langues régionales, comparons les chiffres: le schwyzertütsch, c’est SIX MILLIONS de locuteurs (dix fois l’occitan, vingt fois le breton; plus de locuteurs que le croate, le danois, le finnois ou le norvégien qui ont eu l’honneur de leur propre méthode); qui plus est six millions de locuteurs dans un pays francophone ; et en plus, pour beaucoup de ces francophones, il y a une réelle utilité économique à apprendre l’alémanique.
Je voudrais que l’on prenne en considération tout ce qui précède avant de me répondre que le marché n’existe pas.

    Par Éditions Assimil le 17/11/15 à 9h35

    Bonjour Claude, tout d’abord nous n’avons pas pris le parti de ne jamais répondre aux questions que vous posez. Il nous semble que certains commentaires n’appellent pas forcément de réponse, ou que certaines questions (pas forcément les vôtres) n’appellent pas non plus de réponses de notre part. Par exemple nous ne souhaitons pas échanger sur les nouvelles couvertures de la collection sans peine. La dernière fois que les couvertures ont changé en 2007, des réactions semblables ont été constatées. Mais revenons à votre commentaire :
    En soi, éditer des ressources pour toutes les langues principales de l’Europe du du monde est intéressant, puisque un tel dessein participerait à la documentation des langues en général. Une telle entreprise demande des moyens que nous n’avons pas car nous ne sommes pas subventionnés ni aidés dans 99,9% des cas (l’occitan édité récemment est une exception). En ce qui concerne le choix des langues, nous pouvons très bien imaginer qu’il peut paraître impénétrable à certains. Il nous faudrait du temps pour expliquer ce qu’est le métier d’éditeur, et le métier d’éditeur de langues en particulier, quelles sont nos contraintes et ce que les librairies françaises peuvent défendre ou accueillir.
    Il faut rappeler une évidence : on peut faire le meilleur livre du monde, s’il n’est pas visible et visible aux bons endroits, il ne se vendra pas. Le problème n’est pas seulement le marché potentiel ou le nombre de locuteurs, le problème est aussi un problème de diffusion-distribution. En ce qui concerne l’alémanique de Suisse, il est certain qu’on ne pourrait le diffuser que dans une poignée de librairies et que les ventes, de fait, seraient faibles et ne permettraient pas, sans doute, d’amortir les frais de création d’un tel ouvrage. Les ventes web changeraient cette donne de façon négligeable.
    Dans tous les cas, nous n’abandonnons pas l’idée de publier des langues qui n’existent pas encore au catalogue, mais nous réfléchissons à d’autres manières de faire cela.

Par Michel BELLON le 16/11/15 à 21h47

Bonsoir Claude,

Je suis bien sûr d’accord avec toi sur le fait qu’une méthode de suisse alémanique serait la bienvenue.
Toutefois, je trouve que tu es un peu optimiste sur le nombre de locuteurs de cette langue, qui n’est d’ailleurs pas unifiée, mais présente plusieurs variétés dialectales. Il faut sasns doute retrancher un bon million et demi au chiffre que tu donnes pour être plus près de la réalité.
Quant au basque et au catalan, ils ont peut-être reculé si on se réfère à la situation d’il y a 100 ans (encore qu’il faudrait corréler les données linguistiques et démographiques pour en être tout à fait sûr), mais en revanche certainement beaucoup progressé au cours des 50 dernières années.
Pour en revenir aux « langues régionales » de Suisse, remarquons enfin que le Schwyzerdütsch a au moins fait l’objet d’un guide de conversation (même si celui-ci n’est plus au catalogue, on peut encore se le proccurer assez facilement), ce qui n’est hélas pas le cas du romanche…

Bonne soirée,
Michel.

Par Chris Keller-Kostakiotis le 17/11/15 à 12h47

Bonjour,

Je peux comprendre qu’ASSIMIL refuse de discuter sur le choix de leurs nouvelles couvertures qui peuvent ne pas plaire à tout le monde (dont moi…)
Néanmoins, il aurait été normal qu’ASSIMIL fasse un retour auprès de leur clientèle par rapport à l’impression difficilement lisible des ouvrages publiés avec la nouvelle ligne graphique.
La couverture n’est qu’un détail; ce qui compte c’est l’intérieur du livre; son contenu pédagogique bien sûr, mais aussi sa mise en page, et le choix de couleurs approprié pour une lecture facile et agréable.
Là, la lecture n’est ni facile, ni agréable !

Concernant le suisse alémanique, à défaut de méthode « sans peine », c’est dommage d’avoir supprimé le guide de conversation du catalogue.

    Par Éditions Assimil le 18/11/15 à 10h34

    La graisse des notes et la couleur rouge ont été modifiées pour les prochaines rééditions ou nouvelles éditions des méthodes. Ces modifications seront visibles dès la parution des premières nouveautés 2016.

Par Claude Laporte le 17/11/15 à 13h26

Ayant moi-même été co-fondateur d’une maison d ‘édition, je connais bien les contraintes du métier et j’ai aussi dû faire face aux problèmes liés à la distribution.
Car c’est bien un problème de distribution et de points de vente que vous évoquez pour une éventuelle méthode d’alémanique. Et, au fond, vous confirmez ma remarque: le problème est qu’une telle méthode ne se vendrait pas dans les librairies du côté français. Mais je suppose aussi que la méthode de néerlandais se vend mieux du côté belge que du côté français.
Pourtant le marché existe du côté suisse. Une langue pour laquelle il y a une demande, et aucune méthode valable.
Le tout serait, en effet, de créer un circuit de distribution en dehors des librairies.
Enfin, quoiqu’il en soit, si Assimil souhaite sonder le marché, sachez qu’il y a un intérêt pour cette langue.
Par rapport à la remarque de Michel: il y a paradoxalement plus de matériel pour l’apprentissage du romanche que pour celui du schwyzertütsch, alors qu’il n’y a qu’une demande très limitée de la part des francophones. Là encore, un point souligné dans la réponse d’Assimil: c’est l’effet magique des subventions. Le romanche est la seule langue dont la survie est subventionnée par la Confédération suisse, tandis que l’alémanique se porte très bien sans subventions, tant mieux pour lui, mais tant pis pou le marché de l’édition.
Quoiqu’il en soit, espérons qu’Assimil continuera à publier des méthodes pour de nouvelles langues (ces dernières années, j’ai particulièrement apprécié l’entrée au catalogue du khmer, du sanskrit, de l’ukrainien et du yiddish). Et espérons qu’une révision de la méthode de thaï permettra l’apprentissage simultané de la langue et de l’écriture (sur le modèle de ce qui a été fait dans la nouvelle méthode d’arabe).
De toute façon, mon propos n’était pas de critiquer les choix d’un éditeur dont je fais la promotion autant que je peux. Mon propos était d’évoquer le cas d’une langue pour laquelle la demande du public francophone est sans doute plus importante que pour l’islandais ou le lituanien, et pour laquelle il n’existe aucune méthode valable.
La montée en puissance du schwyzertütsch sur les 80 dernières années est impressionnante; un phénomène unique en Europe, qui me donne parfois l’impression que mon allemand est un gadget inutile.
Enfin, pour revenir au commentaire de Michel, il existe certes, au moins en théorie, des dialectes alémaniques différents. Dans la pratique, j’ai l’impression que c’est surtout une différence d’accent. Je n’ai jamais vu de difficultés de compréhension entre Bâlois, Bernois et Zurichois.
Le seul dialecte vraiment à part est celui du Haut-Valais.

Par Chris Keller-Kostakiotis le 17/11/15 à 18h44

J’ai remarqué que l’alsacien haut-rhinois et le souabe (Schwäbisch) ne sont pas très éloignés du schwyzertütsch…

Par Michel BELLON le 17/11/15 à 22h53

Bonsoir Chris, Claude et tout le monde,

L’alsacien et le souabe, en tant que dialectes de « l’allemand supérieur », sont en effet proches du suisse alémanique.

Le haut-valaisan me semble apporter une preuve supplémentaire à ma remarque sur le fractionnement de l’allemand, notamment des formes qu’il revêt en Suisse, et il est d’ailleurs lui-même subdivisé en trois dialectes principaux.

Cette question des « dialectes » concerne toute l’aire germanophone, dans laquelle une variété standard (l’ « allemand », terme commun) est connue par tout le monde, alors qu’au quotidien c’est une forme parfois très divergente de cette norme qui est souvent utilisée. Les raisons de cette situation sont bien sûr à rechercher dans l’histoire, tant culturelle que politique. L’apparente suprématie de l’allemand littéraire (qui est effectivement la langue maternelle d’une grande partie de la population) est comparable à celle du français chez nous, mais il y a une différence fondamentale : l’absence de centralisation imposée et de répression forcenée contre les langues locales a favorisé la survie des « dialectes », alors qu’en France les efforts pour éliminer tout ce qui n’était pas le français ont mis en péril l’existence de nombreuses langues. De ce point de vue, la situation en Allemagne rappelle à bien des égards celle que l’on trouve en Italie.

Les temps changeant, on assiste, un peu partout, à un certain renouveau de langues longtemps menacées de disparition complète. Ainsi en est-il de la plupart des langues régionales en France, du cornique et du mannois au Royaume-Uni (un temps presque éteints, en particulier le premier), ou, plus surprenant encore car cette langue était « morte » depuis plus de deux siècles, du vieux-prussien en Lituanie.

Pour le suisse alémanique, la séparation politique d’avec l’Allemagne joue sans doute un grand rôle dans le succès de « la » langue, de même qu’elle aide le lëtzebuergesch au Luxembourg. Cependant, il y a aussi à l’œuvre, sans conteste, une dynamique propre. La décentralisation en Suisse est un élément non négligeable, à n’en pas douter.

On trouve pourtant deux contre-exemples, me semble-t-il : en Bavière, étroitement associée à l’Allemagne depuis un siècle et demi, où le bavarois reste très fort ; à l’inverse, en Autriche, qui constitue depuis longtemps un état distinct, mais où les dialectes locaux n’ont pas la même présence qu’en Allemagne.

Bref, rien n’est jamais simple, et on voit qu’il est très rare qu’une langue coïncide exactement avec des structures étatiques précises.

Bonne soirée,
Michel.

Par Chris Keller-Kostakiotis le 17/11/15 à 23h20

En parlant de Bavière, le dialecte bavarois est incompréhensible pour les germanophones non avertis (même parfois en plein centre de Munich !)
En Autriche, c’est vrai que les dialectes régionaux sont beaucoup moins marqués qu’en Allemagne (bien que le slovène gagne de plus en plus de terrain dans le sud de l’Autriche…) ☺

Par Chris Keller-Kostakiotis le 18/11/15 à 13h56

Merci ASSIMIL pour avoir décidé de changer la graisse des notes et la couleur rouge-orange pour les impressions à venir ! 🙂

NB: Je ne connaissais pas le terme « graisse » dans le jargon d’imprimerie !

Par Serbero le 06/02/16 à 21h49

J’ai eu l’occasion de jeter un œil à cette nouvelle couleur en magasin, et je dois dire que cela est plus agréable qu’avant. Sage décision de la part d’Assimil!

Pour revenir sur le thème de l’alsacien, je serai intéressé par une nouvelle méthode (ou une réédition) pour cette langue. D’ailleurs, comme cela a déjà été souligné si je ne m’abuse, l’alsacien reste l’une des langues régionales la plus vivaces de France. Nul doute qu’elle trouvera un public auprès d’alsacisants désireux de découvrir ou redécouvrir l’Alsace!

Par Damien le 07/02/16 à 12h55

Un petit complément sur le point de Michel concernant les dialectes. Tous les dialectes d’Autriche, du Voralberg à la Pannonie, en dehors des dialectes slaves bien entendu, font partie de la famille du bavarois, et sont donc apparentés au bavarois de Munich. C’est la même tribu qui s’est installée dans ces régions, les Bajuwaren (Bavarii), dont le nom rappelle qu’ils provenaient de Bohème.
Les dialectes bavarois sont aussi distincts du haut-allemand que le hollandais ne l’est. Si les Hollandais ont obtenu une reconnaissance officielle pour leur langue, les Bavarois-Autrichiens ne l’ont pas eu. Les raisons historiques et politiques sont nombreuses. Et il faut reconnaître que la culture « haute-allemande » est aussi très implantée en Autriche, et depuis longtemps.

Le bavarois-viennois a une grammaire plus difficile encore que celle de l’allemand. Les verbes forts fléchissent dès la première personne du singulier, il existe des pronoms personnels différents selon qu’on les place avant ou après le verbe (schau ma mal! : voyons un peu…) mais il n’y a pas de génitif. Difficile pour un non-Autrichien de s’y mettre, ceux qui y parviennent avec le moins d’accent sont les Persans, mais on touche assurément le cœur des Autrichiens quand on leur dit trois mots en dialecte, même si c’est plein de fautes.

Par Michel BELLON le 08/02/16 à 17h45

Bonjour Damien,

Merci pour ces précisions, auxquelles j’ajouterai quelques remarques.

1) Le bavarois (et donc le viennois) appartient bien au groupe du haut-allemand, de même que le suisse alémanique (Schwyzerdütsch) et l’alsacien, et contrairement au néerlandais qui se rattache au groupe du bas-allemand.

2) Je suis assez sceptique quant à la facilité qu’auraient les persanophones à prononcer le viennois ou le bavarois. Ces langues ne présentent guère de difficultés phonétiques pour les germanistes. Mais il est possible que cette opinion ait son origine dans le fait que le son /a/ de l’allemand littéraire est remplacé en bavarois par un /o/ ouvert, ou /å/, qui est semblable à celui que l’on rencontre en persan, tadjik ou dari notamment.

3) La perte de vitesse du génitif n’est pas caractéristique du bavarois ou viennois, mais touche tout le domaine allemand, où la construction génitivale cède très lentement du terrain à une construction avec datif + possessif. Pour prendre un exemple très simple, dans la langue parlée, il n’est pas rare qu’au lieu de « das Buch des Lehrers » (= le livre du professeur /génitif/), on dise « dem Lehrer sein Buch », soit littéralement « au professeur /datif/ son livre ». Pour en savoir plus sur ce sujet (et même beaucoup, beaucoup plus, ainsi que sur les « fautes » en allemand en général), je conseille la lecture des 6 volumes (pas moins !) que Bastian Sick a publiés sous le titre de « Der Dativ ist dem Genitiv sein Tod », soit « Le datif est la mort du génitif », ou littéralement « Le datif est au génitif sa mort ».
Remarquons que ce type de construction possessive n’est pas une exclusivité de l’allemand, bien au contraire. Ainsi en hongrois, pour dire « le livre du professeur », on dira normalement « a tanár könyve », c’est-à-dire littéralement « le professeur son livre ». À mi-chemin entre les deux constructions, le turc, qui possède un cas génitif, l’associe à un suffixe possessif : « öğretmenin kitabı », littéralement « du professeur son livre ». Et enfin, tout le monde aura sans doute pensé à la construction très répandue en français parlé, où l’on dit « Le professeur, son livre il est en allemand » plutôt que « Le livre du professeur est en allemand ».

Bonne fin d’après-midi,
Michel.

Par Chris Keller-Kostakiotis le 10/02/16 à 10h27

Le dialecte berlinois qui confond l’accusatif avec le datif (ex. « Ick lieb’ dir » au lieu de « Ich liebe dich ») est à éviter lorsque l’on s’adresse à un berlinois…
Ce dialecte est considéré comme une façon inculte, voire impolie de s’exprimer !
Mieux vaut utiliser le Hochdeutsch (c’est à dire l’allemand standard) quand on va à Berlin !

Actuellement, je m’intéresse aux langues slaves parlé à l’extrême Est de l’Allemagne, à savoir le haut et le bas Sorabe.
Mais il est difficile de trouver des manuels qui enseignent cette langue pour les débutants en dehors du guide de conversation « Sorbisch – Wort für Wort » aux éditions Kauderwelsch.

Donc si quelqu’un a des références et des liens sur ce sujet, je suis preneur ! 🙂

Par Michel BELLON le 10/02/16 à 19h47

Bonsoir Chris,

J’ai deux titres en allemand dans ma bibliothèque, toujours disponibles sur Amazon Allemagne, et à un prix raisonnable.

Pour le haut-sorabe : Obersorbisch im Selbststudium, de Jana Schulz et Eduard Werner, ou plutôt, dans la forme haut-sorabe de leurs noms, Jana Šołćina et Edward Wornar.
Cet ouvrage ne présuppose aucune connaissance préalable de la langue et est spécialement conçu, comme son nom l’indique, pour l’auto-apprentissage. Il est accompagné d’un cd qui reprend une partie des textes et exercices des leçons. J’aime bien cette méthode qui enseigne la grammaire d’une façon assez détaillée.

Pour le bas-sorabe : Niedersorbisch praktisch und verständlich, de Erwin Hannusch.
Sur le même principe que le précédent, ce livre est accompagné de deux cds et les enregistrements sont donc plus complets que pour le haut-sorabe. En revanche, l’aspect grammatical est un peu moins approfondi. Toutefois, je te précise que j’ai étudié ces cours il y a une dizaine d’années maintenant, et qu’il est possible que je n’aie pas bien en mémoire leur progression pédagogique. Quand tu t’y mettras, tu te feras ta propre opinion !

Enfin, et peut-être surtout, je te renvoie au site de l’éditeur principal dans le domaine du sorabe, Domowina :
http://www.domowina-verlag.de
Tu y trouveras, outre les deux cours mentionnés, toute une série de publications dans et sur les deux langues, y compris des manuels scolaires et des livres pour enfants, types d’ouvrages qui constituent souvent à mon avis un très intéressant et efficace apport de matériel d’étude pour les apprenants étrangers, et ce bien sûr quelle que soit la langue étudiée.

J’espère que ces références te seront utiles.

Bonne fin de journée,
Michel.

Par Chris Keller-Kostakiotis le 11/02/16 à 0h20

Merci Michel pour ces informations.
J’ai pu trouver ces deux ouvrages neufs sur http://www.amazon.de à des prix très raisonnables.

Il est dommage que le haut et le bas sorabe soient des langues en voie d’extinction…

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