À la découverte des langues sifflées

Publié le 20/11/2015 par Assimil
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Les téléphones, portables ou fixes, ont envahi les sociétés contemporaines et font partie intégrante du quotidien ou presque. Ils permettent de réduire la distance entre les individus et de faciliter leur communication lorsqu’ils ne peuvent pas se rencontrer.  Dans certains endroits du monde cependant, ce dernier n’a pas sa place, au même titre que les langues parlées, remplacées par les langues sifflées. Que sont ces dernières ? Comment fonctionnent-elles et quelles sont les principales initiatives mises en place pour les sauvegarder ?

Les langues sifflées qu’est-ce que c’est ?

Les langues sifflées pourraient être définies comme des versions alternatives ou des transpositions de certaines langues parlées. En lieu et place de la voix, elles recourent aux sifflements (produits en introduisant notamment un ou deux doigts dans la bouche et changeant le positionnement de la langue) comme principal outil de langage.

Leur développement a surtout été noté dans des localités peu peuplées où les personnes, par exemple les bergers ou les chasseurs (Turquie, Canaries), avaient besoin de :

  • communiquer sur de longues distances et d’éviter des marches fastidieuses
  • se fondre dans la nature afin de ne pas effrayer les proies (Brésil, Guyane).

Le recours aux sifflements plutôt qu’au langage parlé s’explique principalement par le fait que les sifflements ont une portée bien plus importante que les mots criés ; elle se mesure souvent en kilomètres.

Plus d’une cinquantaine de langues sifflées ont été identifiées au fil du temps ; il est cependant complexe de suivre de près leur évolution. Parmi les plus connues figurent :

    • le silbo, parlé par des bergers sur l’île de la Gomera, dans les îles Canaries ;
    • le kus dili (la langue des oiseaux), employée par les habitants du village de Kusköy en Turquie ;
    • le wayãpi et le gaviaõ utilisées en Amazonie ;
    • le chepang, au Népal ;
    • le béarnais sifflé, parlé dans le village d’Aas, dans la vallée d’Ossau.

Les langues sifflées vont souvent de pair avec les communautés rurales, au mode de vie traditionnel et relativement éloignées des villes.

Les langues sifflées ont un effet différent sur le cerveau

Le traitement des langues sifflées par le cerveau diffèrerait de celui des langues parlées. C’est traditionnellement l’hémisphère gauche qui « travaille » le plus lors du traitement du langage, notamment via l’aire de Broca qui permet à une personne de s’exprimer, et l’aire de Wernicke qui permet de comprendre les langues.

Le langage sifflé semblerait toutefois remettre en cause cette prédominance. Une étude publiée dans Current Biology, menée par l’équipe d’Onur Güntürkün, de l’université de la Ruhr à Bochum (Allemagne) en collaboration avec des Turcs siffleurs, a en effet montré que l’asymétrie entre les deux hémisphères ne serait pas aussi marquée lorsqu’un sujet est confronté à une langue sifflée. L’hémisphère droit travaillerait autant que le gauche dans le processus de compréhension.

Cette hypothèse doit encore être corroborée avec d’autres langues sifflées et des analyses d’imageries cérébrales mais elle ouvre de nouvelles pistes d’études, par exemple en ce qui concerne la compréhension de l’origine du langage.

Un avenir incertain pour les langues sifflées

L’expansion des villes et la diminution des espaces ruraux avec de petites communautés d’habitants contribuent à la disparition progressive des langues sifflées. Ces dernières peinent à survivre dans les communautés urbaines. Le manque cruel de documentation, logique dans la mesure où les langues sifflées se transmettaient et se transmettent toujours de manière orale, est également à déplorer.

Cependant, tout espoir n’est pas perdu car si certaines langues ont déjà disparu ou sont en passe de disparaître, des initiatives voient le jour ici et là pour éviter que certaines d’entre elles tombent dans l’oubli.

C’est par exemple le cas pour le silbo, langue sifflée de l’île de Gomera (Canaries), qui depuis 1999, figure sur la liste des enseignements obligatoires à l’école. À l’heure actuelle, il s’agit de l’unique langue sifflée au monde à avoir été classée au patrimoine de l’Unesco, sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité. L’acquisition de ce statut en 2009 a permis de renforcer les efforts déployés pour protéger ce langage, qui fait partie intégrante de l’histoire de l’île, et plus largement, de l’archipel.

Féloche, héraut du silbo gomero

L’excellent chanteur Féloche a écrit une chanson géniale consacré au silbo gomero dans laquelle il l’intègre à la musique et aux paroles et qui donne son titre à son tout dernier disque. Cette chanson est devenue l’ hymne non officiel de cette langues sifflée, comme on peut le voir dans le documentaire ci-dessus.

Des efforts de préservation

On peut noter enfin des efforts en France pour la préservation de la langue sifflée d’Aas, essentiellement utilisée dans la vallée d’Ossau. Une trentaine d’élèves du collège Les cinq monts à Laruns ont en effet commencé à apprendre l’Aas en janvier 2015 sous la houlette de Philippe Biu, président de l’association Lo siular d’Aas. Ce dernier a appris la langue sifflée de la vallée d’Ossau en 2013 et la transmet tous les deux mercredis aux élèves de 6e et de 5e.

Philippe Biu, souhaite par la suite étendre cet apprentissage et notamment l’intégrer aux options d’enseignement de la faculté de lettre de l’université de Pau et des Pays de l’Adour. Cette option, destinée à la centaine d’étudiants en langue occitane, devait être mise en place dès la rentrée 2015.

L’avenir dira si la mise en place de ces différentes initiatives permettra à une partie des langues sifflées de perdurer dans le temps et de résister à l’évolution des sociétés contemporaines, où la communication à distance passe désormais beaucoup par des terminaux mobiles.

Aviez-vous déjà entendu parler des langues sifflées ? Pensez-vous qu’il faille s’évertuer à les sauver ?

Commentaires

Par Leduc le 20/03/17 à 11h57

Oui, il faut les sauver et les préserver parce qu’elles font partie du patrimoine linguistique de l’humanité et pour ce qu’elles ont à nous apprendre sur le phénomène linguistique. Chaque langue, quelle qu’elle soit, nous renseigne sur nous-mêmes et nous ouvre une perspective sur le monde. Une langue qui disparait est une perte considérable car elle est irremplaçable.

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